mercredi, 28 septembre 2005

Un train plein de SS.

Liste des raisons qui me poussent à ne pas oublier mon casque lourd quand j'utilise les services de la SNCF. 

 

 

Sceptique, cartésien et quadricapillosécuteur, j'ai une forte tendance à me méfier des généralités dans tous les domaines et notamment dans celui des transports. Par exemple, en général l'avion vole, c'est pourquoi je ne le prends pas et l'actualité me donne raison. Du moins c'est l'une des raisons, les suivantes étant le manque d'argent, l'absence assourdissante d'aéroport dans mes environs immédiat et le néant total d'endroits où partir alors qu'on est si bien chez soi à regarder les voitures du garage Peugeot en face. En général l'avion vole, donc je prends le train. Raisonnement implacable.

 

 

 

Je ne prends pas le TGV, bien entendu, puisqu'il s'agit d'une sorte d'avion sans ailes qui chanterait toute la nuit...Pouf pouf. Je ne prends pas le TGV, bien entendu, puisqu'il s'agit d'un sorte d'avion sans ailes qui, en général, ne vole pas, mais on ne sait jamais. De plus, il faut, pour emprunter ce fleuron de la technologie ferroviaire française, faire une réservation et après si un gros con qui pue de l'oignon vient s'asseoir à côté de toi éh ben t'as pas le droit de changer de place c'est puni par la justice, donnez-moi votre carnet, vous me ferez deux heures de colle. Donc je prends le TER, appellation snobinarde pour "tape-cul", qui en général roule, comme quoi vous voyez bien que j'ai raison de me méfier des généralités.

 

 

 

Dans ces transports en commun, il me vient souvent à l'idée que le monde est mal fait (en général, hein. Ca marche pas pour moi.).  En effet, le luxueux TGV comporte des places assez larges finalement, et vos voisins de wagon vous tournant ostensiblement le dos, l'atmosphère y reste feutrée et de bon aloi. Le TER, lui, vous offre l'assise de banquettes montées sur ressorts pointus qui se font face. Et c'est la que je dis qu'il serait raisonnable d'obliger les gens qui prennent ces trains de faire une réservation, car quitte à voyager en ayant trois voisins directs, on devrait nous laisser le loisir de les choisir.

 

 

 

Les gens qui prennent le TER sont en général insupportables. Soit ils se taisent et font semblant de vous ignorer, soit ils disent des conneries. Soit ils tirent une tronche de trois pieds de long, soit ils rigolent comme des abrutis. Soit ils puent la sueur, soit ils sentent la cocotte. Et s'il n'y avait que ça. Mais regardez-les ces vicieux, ces sagouins au perfide regard quand ils s'asseyent. Au début tout va bien puis les cahots aidant, l'avachissement leur permet d'ourdir leur complot rotulesque. Car c'est bien lui, cet infime os triangulaire, qui insidieusement vient toucher votre jambe, puis progressant sournoisement s’introduit en direction de votre entrecuisse, vous obligeant à une retraite digne et discrète mais néanmoins humiliante.

 

 

Doucement, traîtreusement, à couvert, l’ennemi vous prive de votre espace. Il circonscrit votre territoire, il vous envahit les Sudettes du genou, il vous prive de votre Lebensraum ! Et voilà ! Vous pensiez faire Montereau-Rungis en une heure et vous vous retrouvez assis en face d’Hitler ! Encore une fois ! C’est pourquoi, de nouveau, et avec une ferme énergie (si, ma copine me l’a dit ce matin) je m’élève contre la gabegie qui fait qu’un service de la République accueille en son sein des ennemis de la Démocratie.

 

 

Villepin démission !

 

 

Rangez vos affaires, au prochain cours nous apprendrons à savoir comment on reconnaît un nazi dans une voiture.

 

 

vendredi, 23 septembre 2005

Vaches dans la brume.

Liste d'animal qu'on s'en méfie pas assez à mon avis et tout ça parce que ça a de beaux yeux alors que chez les femmes c'est exactement l'inverse et je trouve ça plutôt injuste.

 

 

Moi je vis un pays de lourde brume opaque

Un pays si mutin que parfois il se cache

Qu’on se croirait noyé dans du coton en lac

Si jamais dépassait quelque corne de vache

Louis SEMEUR (1902-1985)

 

C’est le quatrain automnal de mon trajet vers le travail, car sur les prairies éparses coule un épais brouillard. Il s’en faudrait de peu qu’on se croie sur les landes des Baskerville, un rien quelques oblitérations : celle par exemple des trente-six tonnes et des cent véhicules qui passent la nationale, de la voie de chemin de fer et des lignes haute tension. Une paille. Il y faudrait bien sûr quelque loup pour que nous tremblassions dans nos slips. Ils ne sont guère légion, mais heureusement nos campagnes recèlent des animaux bien plus féroces, à notre insu.

 

Réfléchissons et soyons objectifs : qu’est-ce qu’un loup, un tigre ou un lion ? Des griffes acérées et des crocs tout pointus qui piquent, servis par une musculature puissante. Oui, c’est vrai. Mais bof . Une fois que le dit fauve vous a sauté à la gueule, égorgé, déchiré, démembré et déchiqueté, que reste-t-il ? Une mort banale dans ces affres sanglantes, et puis basta.

 

Mais dans nos campagnes, tapis sous une apparence bonhomme, se cache l’animal le plus terrible de la création : la vache ! Tous ces prédateurs terribles que nous avons cités ne sont que des amateurs face à cet animal. La vache est ce qui se rapproche le plus du caïd de banlieue : elle mastique à longueur de journée, l’œil chafouin, et elle a un bonnet !

 

Souvenez-vous de vos cours de biologie : un être vivant normal mange puis chie. Mais la vache, nenni (à moins que ce soit le cheval). Elle mange, régurgite, mâche, régurgite et ce cinq fois d’affilée. Et ceci me permet d’affirmer que si, en lieu et place de roquets tapageurs, nous faisions surveiller nos maisons par des vaches de garde, les cambrioleurs y regarderaient à deux fois avant de pénétrer nos propriétés pour nous voler nos cassettes pornographiques (oui,d’accord c’est une allusion un peu personnelle). Il est déjà douloureux d’être mordu, alors imaginez : être mordu puis régurgité et mâché cinq fois, quel calvaire !

 

Ma vie de bâtons de chaises me vaudra certainement dans un lointain avenir (faut pas déconner non plus, j’ai des trucs à faire) de devenir l’hôte du Tartare des mythes pour avoir dérogé à une quelconque volonté divine (et puis quand ils veulent trouver, ces salauds-là, ils cherchent, on dirait des profs). Je me vois déjà, attaché à mon rocher, proie douloureuse d’un bovidé diabolique qui me régurgitera cinq fois le foie, tournant ma face mortifiée vers mon voisin de palier, un certain Prométhée, et lui lançant, fanfaron : « Minable, va ! »

lundi, 19 septembre 2005

C'est un cheveu blanc ? Non, c'est un poil de cul.

Listes de ratiocinations d'un vieux con mais comme ça se finit bien tout le monde me pardonnera (et sinon c'est ma main dans la gueule)

 

 

 

 

La vie est une traîtrise. Non pas une traîtresse car alors son aspect animée serait évident et un simple coup de saton dans sa sale gueule eût suffit à ce que nous nous vengeassions. La vie est une traîtrise, inerte, inévitable, terrible.

 

 

Voilà ce que mon âge m’a fait accepter bien malgré moi cette dernière minute. Car enfin, je suis venu au monde, enfant innocent, avec une infinie soif de découverte. Mes grands yeux d’améthyste (si c’est vrai) se sont ouverts avec confiance sur le monde environnant, j’ai vu qu’il était beau et j’ai voulu y vivre. On n’est pas sérieux quand on a dix-huit mois. On se croit immortel, trente ans, qu’est-ce que cela trente ans ? J’ai si peu vécu et déjà je connais des merveilles en cascade, je m’en repais chaque jour. Trente ans c’est le bout du monde, c’est un horizon si lointain qu’il est difficile de l’appréhender et je suis immortel.

 

 

Et trente ans passèrent. La Laguna supplanta la solide R16, l’accession à la propriété s’imposa comme une évidence et les tomates se firent moins savoureuses. De la fierté de pouvoir suivre une conversation à la table des adultes aux repas familiaux, je suis passé à la joie d’arriver à en tenir une autre à la table des ados.

 

 

Trente ans passèrent et j’ai appris certaines lois nécessaires de notre existence, en théorèmes inébranlables, à savoir que : plus le temps passe, moins les cheveux repoussent ; au fil des ans la peau s’étiole ; si l’on ne grandit plus en longueur, la largeur fait bien l’affaire…

 

 

Trente ans perdus parce que le temps ne se conserve pas dans les albums-photos.

 

 

Excusez-moi si ce soir je suis un peu nostalgique. Mais en me curant le nez, j’ai recueilli un poil blanc.

 

 

Déjà, la mort me fait signe.

samedi, 17 septembre 2005

A table les enfants.

Liste de textes que j'ai écrit sur commande et ça tombe bien parce que j'ai rien à dire.

Je l’aimais déjà pour ses textes et pour son bon goût (elle fut une des premières à me linker, c’est dire), maintenant je la révère humblement : Jazz m’a sauver. Je vais lui ériger une statue en pâte à sel. Alors que je me débattais entre une demi-douzaine de notes qui ne veulent pas venir, elle m’a lancé un petit défi et m'a donné à écrire: Citez cinq aliments, plats ou autres, qui ont fait partie de votre enfance, et qui vous manquent, parfois, quand la nostalgie vous prend... Ca tombe bien la nostalgie. Quand je suis heureux comme pour l’instant, je n’ai pas le cœur à rire. Le futur ne peut m’apporter que du pire. Donc je me lance, et merci ma belle.


 

Chez Mamie c’est sombre, parce que la maison est dans une rue en pente et qu’elle donne sur le nord-est. Il fait toujours frais et calme. Mamie, elle était domestique, cuisinière alors, quand on est invité  on a le droit au dessert des jours de fêtes. C’est un gâteau au chocolat. Elle le ramène de sa grande cuisine dans le petit salon. Les enfants sont assis près de la fenêtre, on se tient tranquille parce qu’on regarde la vitrine dans laquelle il y a tout un tas de souvenirs d’endroits où elle n’est pas allé. Le gâteau est toujours croquant dehors, fondant dedans et pour bien l’apprécier, il faut en prendre de grandes bouchées. A la fin du repas, Mamie chantera sûrement « je sais une église au fond d’un hameau » et sa vieille voix nous tirera une larme dans la pénombre du salon.

 

D’ailleurs, il faut toujours manger  à l’ombre. En Grèce il fait toujours clair, alors on attend que la nuit soit tombée pour sortir manger. Les bouis-bouis puent l’huile, ça bavarde et ça crie, tout en schpountz. On n’y comprend rien. La table est sale, et notre menu est depuis longtemps trouvé, on n’en change pas pendant un mois : tiropita pour tout le monde. On nous apporte, fumante, une galette dorée en pâte feuilletée, fourrée au fromage, juste sortie de la friture.  On mange, on est repu, il est tard, on est fatigué, c’est à ce moment que les mots qui tournent dans le restaurant deviennent si étrangers que j’ai l’impression de les comprendre. Et je me dis que ces grecs, ils en disent des conneries.

 

La Méditerranée, c’était un des points communs de mes parents. Maman vient du Sud, elle a passé les montagnes du Forez et de la Madeleine avec ses provisions habituelles. C’est pourquoi notre maison a sûrement été une des premières de la région à manger des ravioles de Romans. C’est bon les ravioles, moins lourd et moins gras que les raviolis. Et puis surtout il faut deux assiettes chacun pour les manger. La bachasse d’eau bouillante est amenée sur la table. Nous avons tous recouvert notre assiette d’une autre, renversée. C’est sur celle-ci qu’on pose les plaques de ravioles juste extraites de la casserole, pour qu’elles s’égouttent. On attend. Et puis soudain, on voit qu’elles sont à point : pas sèches, mais sans jus. Les ravioles, ce sont les seules   pâtes que l’on chasse.

 

Et puis le sud, on y retournait pour Noël, chez les cousins, dans la Drôme. C’était un repas traditionnel : gratin de morue et cardons à la crème. Les cardes, c’est à la maison qu’on les faisait pousser. A l’automne, papa les avait bien calfeutrés. Il avait mis de la paille au pied, puis il les avait habillés de papier journal et avait serré le tout en un petit manteau avec de la ficelle de lieuse. A la coupe, ils sont plus grands que moi. On met presqu’une journée à les éplucher.

 

Pendant longtemps, Noël a été le seul repas où j’ai mangé du foie gras. On en servait entre cinq cents grammes et un kilo. Ca dépendait des années, ça dépendait du canard. On achète les canards et on les tire au sort et puis chacun des amis présents prépare le sien. Il faut bien aiguiser son couteau. On incise la peau et la graisse le long du bréchet, puis on descend en Y en suivant les côtes. Arrivé à l’anus, il faut bien faire attention à en faire le tour sans abîmer les boyaux. Décollez la peau. Prenez la cisaille. Coupez les côtes avec application, sans toucher au foie. Enrobez- le de vos mains par-dessus. Du dos de la main, écartez la cage thoracique. Sortez la pièce délicatement. Lavez-la. Soyez content. Et quand arrive l’heure du mâchon, parlez de la façon dont vous allez le préparer. Rigolez un coup, parce qu’à cette évocation, le saucisson a meilleur goût.

 

Je vais passer la patate chaude.

A Largentula, en manière de ping-pong.

A Cécile, parce que.

A  STV parce qu’il est en plein dans le thème.

A  Christian si il promet de ne parler que de la cantoche.

A Domrod pour voir si il est capable de me faire ça en dessins (sinon c’est pas grave).

 

Merde tiens. Je l’aurais bien passé à tout le monde.

Pour remonter le questionnaire :
1 - Ptitesmagies
2 - Le magic journal d'Oznej
3 - Racontars
4 - Le blog dans la salle de bains

5 – Les listes du barbare

 

mercredi, 14 septembre 2005

Dans mon agenda quand j'en tiens un.

Liste de fantasmes nouveaux, tout du moins pour moi et qui concernent le sexe mais en fait je trouve que je suis plutôt poli dans la note.

 

 

 

Je vais monter  à Paris et je vais tromper ma compagne. Ce matin, je le lui ai dit : « je vais monter à Paris et je vais te tromper. » Sa réaction a été terrible, elle a hurlé à mon endroit qu’on  était pas si riche que ça, que si je voulais la tromper j’avais qu’à faire ça près de la maison, plutôt que d’avoir le train à payer, et caetera, et caetera, bref ça a fait un scandale.

 

Cette envie subite m’est venue tandis que j’attendais un ami à la terrasse d’un café qu’il avait qualifié « d’un peu bo-bo » mais qui sentait bon le propre sur soi, les pages saumon et dont je n’hésiterais pas à dire qu’il était « prout-ma-chère » (la langue française est d’une nuance incroyable). La jolie bourgeoise y affluait en masse, gainée de stretch, le teint frais et le visage figé dans cette expression trompeuse d’absolue neutralité qui a fait naître mon fantasme.

 

Contre tous ceux qui affirment que la lutte des classes n’existe plus, je maintiens qu’il suffit de se faire toiser par une de ces femmes pour comprendre le marxisme. En effet, la bourgeoise fait mon admiration par sa capacité à irradier le quant à soi, cette conviction naturelle qu’elle peut regarder les autres de haut. Et ce sans mépris ni vulgarité. Cette retenue rend les œillades discrètes et les coups d’œil en coin furieusement excitants. (et c’est logique, comme je dis à mes élèves qui demandent à aller aux toilettes pendant le cours :  « restez assis, ça sera meilleur tout à l’heure »)

 

Et moi, balourd provincial, face à ce rassemblement de poupées jolies et polies, je ne pus m’empêcher de penser à l’expérience que je pourrais vivre avec l’une d’elle au lit. Ah ! Que l’une de ces femmes discrètes, qui n’aurait voulu pour rien au monde lâcher un « flûte » d’énervement en société, se déchaîne en m’hurlant à la figure :  « Vas-y prends-moi dans les fesses, dis moi que je suis ta chienne. »...

 

Quel pied !

 

dimanche, 11 septembre 2005

Le train-train pas quotidien.

Liste de faits qui montrent que quoi qu'on puisse en penser, SNCF c'est possible.

 

 

 

Pourtant je ne suis pas prude, mais la SNCF a dépassé les bornes. Ou plutôt les bornes de la SNCF m’ont dépassé pas plus tard que tout de suite en arrière, et je suis sous le choc (ce dont mon style habituellement fluide et alerte se ressent sérieusement).

 

Je ne suis pas prude donc. Je me trimballe volontiers la bite à la main dans les soirées amicales (en soirée, un ami est une personne que je connais depuis plus de cinq minutes), instrument dont je suis d’ailleurs assez virtuose puisque je suis capable d’interpréter en public une ligne de basse de blues en mi (ce qui est assez douloureux sur la dixième mesure car il faut bien tirer dessus).  Ainsi, je mets souvent les pieds dans le plat, voire la quique dans certains cas extrêmes (après ce paragraphe, je casse la gueule au premier qui me dit que je ne m’intéresse qu’à mon nombril).

 

De même, je n’hésite jamais à draguer la première fille avenante passant à ma portée (ou plutôt à la portée de ma main, ce qui provoque souvent une volte-face subite qui me permet de rompre la glace par un jovial « vous, vous êtes une fille, je me trompe ? ». Quelquefois, je vois bien qu’un sourire est prêt à pointer, juste avant que je me mange une mandale). Comme vous le voyez, je ne suis pas prude : je préfère quand la Belle au Bois Dormant est en porte-jarretelles et mon cheval blanc est au garage depuis 1990.

 

Cet indigeste incipit pour vous convaincre que je suis parfaitement adapté à cette époque de débauches. Mais dans ce flot incessant de nudités extrêmes, de nombrils agressifs, de strings ostensibles, la dernière frasque de la SNCF, rempart de la République, m’a choqué.

 

Aujourd’hui j’ai pris le train (oui, ben si vous voulez des histoires de mec qui prend l’avion, allez sur le blog du MEDEF), un train régional moche-tape-cul-qui-pue et dont l’unique qualité est de m’avoir réservé le voisinage D’UNE JEUNE FILLE D’UNE TRES GRANDE BEAUTE. (j’écris en capitales au cas où elle lirait, et comme les toilettes sont libres et assez spacieuses…) Mais je m’égare, bien que parlant de train.

 

L’anecdote eut lieu dans la gare, tandis que, ticket en main, je m’apprêtais à le composter dans l’appareil idoine. Nonchalamment, j’introduisis l’extrémité de mon titre de transport dans la fente prévue à cet effet. Soudain, absolument rien ne se passa, sinon l’affichage d’un message incongru :  « retirez et introduisez plus rapidement »

 

Un frisson glacé me parcourut l’échine et je ne sus plus quoi faire. Si je n’obéissais pas, quel message me serait-il donné de lire ? « Mets-le plus profond » ? « Vas-y bourre-moi plus fort » ? Et quand bien même j’obtempèrerais, le lubrique appareil oserait-il un :  « Je le sens bien ton gros billet »  ou un « C’est bon de me prendre par le train, hein, vicieux » ?

 

Je vous le dis comme je le pense : céder aux sirènes de ce temps de mœurs incertaines est indigne d’une entreprise de service public.

 

 

Villepin démission !

lundi, 05 septembre 2005

Non se ritornera piu.

Listes de couverts à ne pas oublier (jamais).

 

 

J’avais un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

On mangeait autour de la grande table, aujourd’hui mienne, jadis celle du bistrot des grands-parents, toujours groupés du même côté. Les chaises, couleur acajou, étaient simples et solides.

Et j’avais un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

Du début de l’été jusqu’à la fin de l’automne, nous mangions les plats du jardin : les haricots cuits croquants avec une noisette de beurre qui n’avait pas fini de fondre, un gratin de courgettes sans sauce sans fromage, une moulinée de légumes que j’avalais à contrecœur parce que j’étais trop jeune pour savoir que c’était bon.

Et j’avais un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

Aux week-ends, sur la table se succédaient les repas festifs récurrents. La crème était brune que l’on servait sur les escalopes. La blanquette méritait son nom et fondait dans la bouche. C’était souvent du veau, je ne sais pas bien pourquoi.

Et j’avais un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

Et puis il y avait les rares jours où je m’improvisais chef de cuisine. Sans hésitation, je peux citer le menu : un lapin  à la moutarde et un marbré au chocolat. Je n’étais pas encore bon cuisinier.

Même avec un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

Aujourd’hui je mange encore les plats du jardin, sur la même table et du même côté, mon goût s’est affiné et on me dit que je prépare bien la cuisine. N’empêche. Les haricots ne sont jamais aussi croquants, et la crème n’est jamais aussi brune. Va savoir pourquoi.

Peut-être juste parce que je n’ai plus de chat sur ma fourchette, ou d’éléphant sur ma cuillère.

samedi, 03 septembre 2005

Y'a pas de raison !!!

Moi aussi j'ai le droit d'avoir un pot de caste.

Même si le son est pourri plein de souffle.

Même si je passe de la voix du schtroumpf farceur à celle de Barry White.

Même si j'arrive pas à le mettre dans le corps de la note et que je suis obligé de le localiser à droite.

Même si j'ai rien à dire.

Moi aussi j'ai le droit d'avoir mon peau de kast.

Vous allez en chier.

jeudi, 01 septembre 2005

Lost

Listes des envies qui peuvent venir quand on reprend le travail d'une façon un peu trop brutale (avec deux sucres pour moi, merci).

 

 

 

Je me sens seul d’une extrême solitude et pourtant la salle est pleine tandis que notre chef d’établissement nous débite à l’aide d’une syntaxe approximative son laïus de prérentrée. Ce n’est guère le contenu de ce discours qui me désole bien qu’on y dépeigne l’équipe pédagogique comme un agrégat d’incompétents, de feignants, d’empêcheurs de tourner en rond et de gros enculés (je m’emporte un peu. En effet, le mot « gros » n’a pas été employé). Cette verve bilieuse ne me touche guère, je ne l’écoute qu’à moitié, parce que sinon comment tu voudrais que j’écrive pour le blog en même temps, eh con.

 

Le deux collègues qui m’entourent sont sympathiques, avenants et nos relations sont cordiales voir plus certain soir où ivres de vin nous avons conduits une voiture virtuelle assis sur des chaises au milieu d’une rue de notre ville. Cependant leur proximité ne peut me sortir de mon isolement. Ils ne peuvent comprendre celui-ci, qui est moral et dont la cause principale est le retour au travail. Bien sûr on s’outrera : « Quoi ? Voilà t’il pas une feignasse de prof qui a deux mois de vacances en été et qui fait sa chochotte quand il s’agit de retourner à son boulot à la con ? »

 

A ceux-là je répondrais de soigner leur vocabulaire, d’une part, et de me laisser finir d’autre part, c’est très impoli de couper les gens comme ça. Car la reprise du travail m’emplit d’une intense joie. Mon naturel cruel se délecte à l’idée de pouvoir à nouveau tirer des oreilles, humilier des cancres ou crier à en déchirer des tympans juvéniles. Ce métier est une bénédiction pour un méchant homme.

 

Simplement, la reprise du travail implique un changement de rythme brutal, radical. Et donc ce matin au lieu de trainasser dans mon lit en lisant distraitement quelques pages de Vargas-Llosa, j’ai du me lever  avec vigueur, les yeux épaissement encroûtés de sommeil. Finis les réveils naturels, il faut maintenant trouver le précieux adjuvant aux levers en fanfare : le voilà, noir, fumant, épais, le café, le caoua, le petit noir, la mixture revigorante universelle, le Graal des petits matins grognons.

 

Dans ma cuisine, j’ai ingurgité deux mugs d’expresso. Arrivé au boulot, j’ai enchaîné avec cinq tasses d’un pur arabica de type pisse d’âne que j’ai bu non pas parce qu’il était bon, mais parce qu’il était gratuit et que dans ces cas là, il faut  pas gâcher. J’avais oublié que si le café possède des vertus, il a aussi un vice.

 

Une demi-heure après, la solitude me tombait sur le coin de la figure.

Alors que nous étions religieusement en train d’assister à la réunion plénière, mes intestins se sont tordus.

Et là, je suis seul au monde avec mon énorme envie de chier.

Alors ces discours de l’autre abruti de mon chef, tu parles bien que je m’en fous.

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