jeudi, 30 juin 2005
Dessine-moi un mouton
Bien. Pour cette épreuve, c'est assez simple, je peux vous faire ça :

Ou alors on est un peu plus sérieux. On s'inspire d'un modèle représentatif et naturel.
On étudie l'anatomie dudit animal avec précision, afin de tout connaître de ses secrets.
On s'applique bien, avec les instruments adéquats et hop.
10:05 Publié dans P'tit con. | Lien permanent | Commentaires (64) | Envoyer cette note
mercredi, 29 juin 2005
Que serez-vous dans trente ans ?
Liste quatrième des réponses aux questions de Largentula, chef des animals de la jungle.
Dans trente ans, je ne serais pas un grand joueur d’échec pour la bonne et simple raison que je n’ai jamais été un bon joueur d’échec (troublant comme entame, non ?). Cependant, j’ai une bibliothèque échiquéenne assez fournie, dans laquelle on peut trouver par exemple l’indispensable « Mein system » de Nimzowitch.
Ce que j’apprécie dans le jeu d’échec, ce n’est guère la compétition, qui me m'agace (tant qu'à battre quelqu'un autant lui mettre mon poing dans la gueule.) mais c’est la théorie, la possibilité de suivre une partie et, au milieu, d’étudier une variante, puis une autre, d’explorer les univers parallèles des soixante-quatre cases. Grâce à la complexité des déplacements de ses pièces, le jeu d’échec est le moins sûr des jeux de stratégie, il plonge le joueur amateur en pleine théorie du chaos.
Et ma vie est pareille, c’est une théorie du chaos toute personnelle. Souvent, je suis le voyageur temporel de ma propre existence, et j’essaie d’analyser le plus logiquement possible le cheminement de ma vie. Et que serait-il advenu si j’avais quitté ma femme un an plus tôt ? Aurais-je eu la moindre chance de séduire la jeune femme que j’ai rencontré au même moment et avec qui je ne suis qu’ami ?...
Je vais donc me prêter à la même exploration. Dans l’autre sens. Dans trente ans.
Hypothèse un : je me la joue fin de l’histoire, j’emmerde Darwin et je n’évolue plus du tout. Je suis à la retraite, j’éprouve une haine féroce pour les enfants que je tape à grands coups de déambulateur. Ma compagne est toujours la même, sous les rides. Je pèse cent vingt kilos, je joue mal à la belote et je répète à qui veut l’entendre ( et même aux autres) que c’était mieux avant.
Hypothèse deux : j’ai eu de l’ambition (je ne sais pas bien d’où ça vient). Après avoir passé avec brio le concours de chef d’établissement, je mets à profit les rares loisirs que m’octroie ma fonction de ministre de l’Education Nationale pour publier des best-sellers. De nombreuses jeunes filles lascives se traînent à mes pieds. Je fais construire un climatiseur géant à la place du Sahara, je sauve les glaciers et la banquise. On grave mon visage sur les pentes de l’Everest.
Hypothèse trois : j’ai un grave accident de voiture. Je suis devenu une flaque d’acides aminés ingérée par les racines des plantes du cimetière. C’est une existence qui manque un peu d’aventure.
Hypothèse quatre : mon blog a un succès phénoménal, les connexions sont si nombreuses qu’elles provoquent une surcharge et la toile explose, entraînant dans sa chute de milliards de gigabits d’informations vitales. L’univers virtuel s’effondre, les pays riches s’enfoncent dans la récession, des guerres civiles éclatent, la police secrète m’enlève à mon domicile et m’enferme dans une citadelle, le visage recouvert d’une masque de fer (une vieille tradition ,paraît-il).
Hypothèse cinq : je continue au même rythme, j’attrape une cirrhose, j’ai un gros nez rouge, un air malicieux…
Je crois avoir passé en revue les scenarii les plus probables. Une chose dont je sois sûr, c'est que dans trente ans, je serai un piètre joueur d’échec.
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mardi, 28 juin 2005
J'aimerais y être.
Liste, etc..., voyez avant comme quoi je réponds à un questionnaire et tout
Depuis le référendum, je fais vachement attention aux intitulés des questions que l'on me pose (histoire de voir qui répond à côté), raison pour laquelle je vais tenter une rapide analyse de celle-ci. On me demande de citer un endroit où j'aimerais me trouver. Il me semble cependant que face à cette spacialité (c'est bien comme ça qu'ils font les cuistres, ils inventent des mots , non?) on ne me pose aucune temporalité, ce qui pose bien évidemment problème (les plus fins d'entre vous auront compris que ce préambule vous annonce tout simplement que tout ce qui suit n'en pas de ma faute.).
Nous pouvons avec raison décliner les questions : où aimerais-je être maintenant ? Où aimerais-je être dans l'absolu ? Où aimerais-je être pour toutte ma vie ? Où aimerais-je être le plus souvent possible ? Autant d'interrogations envisageables et auxquelles j'ai une réponse à vous four(Comme quoi le hasard fait bien les choses.)
- Pour l'instant , j'apprécierais fortement d'avoir un grand congélateur. J'y aurais construit un superbe igloo pendant les chaleurs. Une espèce de pied-à-neige en quelque sorte. Ou bien j'aimerais être aux toilettes. Oui, aux toilettes. Je reviens.
- J'aurais sinon aimé vivre toute ma vie dans un beau manoir du XVIII° siècle, entouré d'un joli parc ombragé par des arbres centenaires, aux pelouses parcourues par des lapins mutins, des écureuils farceurs et des biches aux grands yeux ourlés de tendresse. Il y aurait un grand salon richement (mais sobrement) décoré, et plein de chambres aménagées selon des thématiques particulières. Et il y aurait plein de gens, et tout le monde serait heureux, et la méchante sorcière elle serait morte.
- Dans l'absolu, mon lieu préféré, c'est l'entrejambe d'une femme. (Héhé, Cohen le morback.)
- Mais le plus souvent, j'aime être dans mon canapé jaune. C'est le centre du monde ce canapé jaune. Je peux y faire énormément de choses : boire une bière en regardant un match de rugby, blogger avec le portable, boire une bière en regardant un film, lire un livre, boire une bière en regardant une série américaine, écouter la musique au casque, boire une bière sans rien faire d'autre parce qu'après tout, j'ai pas besoin de me justifier pour boire une binouse si j'ai envie de boire une binouse, non mais c'est vrai quoi.
Tout ça pour dire, que ce canapé jaune, c'est un vrai centre culturel.
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lundi, 27 juin 2005
Je ne peux pas lui résister.
Liste gnagnagna (faites-le copier/coller dans votre tête).
Deuxième ( et néanmoins second) opus de l'interrogatoire Largentulesque, cette question balaye un domaine de compétence si large qu'on ne peut guère se résoudre à faire un choix rapide et précis.
Je ne peux lui résister ? Voyons voir, et n'omettons pas la polysémie du terme "résister". Je ne peux lui résister ? Le chocolat, les cacahuètes, la Gestapo, un TGV lancé à pleine vitesse, ma compagne quand elle dit que je suis un étalon fougueux ( il faudrait d'ailleurs qu'elle se décide à le faire un de ces jours.). Finalement, je résiste à peu de choses. Je me plie souvent aux injonctions extérieures, je me range aux raisons des plus grandes gueules et je cède aux appels de la moindre sirène.
Mais imaginons : au cours de mes longs moments de désoeuvrement, j'ai décidé de faire une formation accélérée de Jedi à Eurodisney qui me permet de maîtriser ma force mentale. Après, je résiste aux pires ennemis comme le chocolat, la bière brune, le porno du samedi soir... Je deviens le maître Ninja de la Tentation. Je suis dur comme l'acier.
Il me semble tout de même qu'une chose me fera encore craquer. Quand les douze coups de minuit sonneront sous la lune pleine et blafarde, je ne pourrai m'empêcher d'ouvrir, s'il y en a une dans la réserve, la boîte de raviolis et je ne pourrai m'empêcher de la manger sans même la réchauffer, sans même la vider dans une assiette, sans même prendre une serviette. Mon instinct, mon cerveau reptilien reprendra toujours le dessus en de telles circonstances : je suis un bouffeur-de-raviolis-froids-garou.
Et moins les raviolis sont bons, meilleur c'est.
Il y a des tentations qui ne sont pas de ce monde.
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dimanche, 26 juin 2005
Question un : votre animal favori.
Premier élément d'une liste de réponses argumentées au questionnaire d'un certain Largentula
Quand j’étais un tout jeune bloggeur, encore inexpérimenté,je prenais de haut, voir avec snobisme, le fait d’être le récipiendaire d’une liste de questions à compléter jusqu’à ce qu’un travail intense de réflexion, si intense qu’il m’en poussa des boutons sur le front, me fasse radicalement changer mes vues, me forçant à adopter la mentalité lycéenne des Etats-Unis. Je prends donc maintenant les différents questionnaires que l’on m’adresse comme autant de témoignages d’affection. Je résonne (si si ) en termes de popularité comme toute bonne pétasse-pom girl de « Sauvé par le gong ».
Cette fois, le sieur Largentula, ci-devant grand savant en animals, m’a fait cet insigne honneur de me payer de l’attention. Mais comme je ne suis pas n’importe qui (je suis pire), je vais essayer, sous vos yeux ébahis, sans filet ni protection d’aucune sorte, et en exclusivité mondiale de répondre à chaque question par une note quotidienne pleine de la verve qui me caractérise.
Commençons donc, et comme chaque chose à un début (sauf les saucisses qui en ont deux.) oyons la première question du largentulesque questionnaire : il s’agit de lever le voile sur mes préférences zoologiques ( et non pas zoophiliques, vicieux que vous êtes.). J’ai déjà parlé de ma tendresse particulière pour les lapins, mais je doute qu’on puisse affirmer qu’on aime un animal quand ce qui nous plaît avant tout en lui c’est de lui briser l’échine, ou alors Emile Louis c’est Casanova.
J’ai tenté d’autres élevages, notamment celui de la fourmi dans le but peu honorable mais fort ludique d’organiser de véritables batailles rangées entre fourmilières, le 14-18 des hyménoptères en quelque sorte. Ce qui est intéressant avec les insectes, c’est que, ne pouvant pas hurler, leur silence nous pousse à la conclusion qu’ils ne souffrent pas. De plus les combats de fourmis sont d’une rare cruauté : les pattes sont tranchées avec application, les agonies sont insupportablement longues, ce qui satisfait grandement le contemplatif que je suis. Cependant, afin de les distinguer, je me suis abîmé les mains et les yeux à leur coudre des toutes petites chasubles rouges et jaunes, taille XXXXXXXXS.
Donc abandonnons les fourmis, et intéressons-nous à mon habitat (ah oui, faut suivre). Alors que j’étais célibataire, je louais une maison relativement isolée, ce qui impliquait qu’il me fallait un animal de garde qui puisse éviter que des gens mal intentionnés vinssent la vider. Chez mes voisins, la même litanie se répétait : « je monte la garde », « attention chien très con »… Sur le point de me décider pour un canidé, j’effectuai un rapide calcul du budget prévisible et le trouvai trop dispendieux. Je décidai donc de me rabattre sur un animal meilleur marché à l’achat et facile d’entretien. Après l’avoir acheté, je confectionnai de mes petites mains habiles le panonceau adéquat que j’exhibai bientôt fièrement sur mon portail et qui déchaîna la terreur chez les cambrioleurs locaux : « Attention : moules avariées. »
Hélas, la moule est un animal qui n’apporte guère de joie ni de tendresse à son maître et qui a une fâcheuse tendance à négliger sa toilette intime. Je me séparais donc de mon cheptel. Mes expériences animalières sont donc globalement négatives. Cela m’oblige donc à choisir mon animal de façon purement intellectuelle.
Alors bon on va dire la coccinelle.
Ca valait bien le coup de faire tout un flan.
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jeudi, 23 juin 2005
Vive les vacances, à bas les pénitences.
Liste des derniers trucs à faire avant de mettre la clé sous la porte.
Il fallait qu'un jour cela arrive. C'était aujourd'hui. A cinq heures de l'aprés-midi, j'ai pris la tête d'une colonne parfaite formée par le dernier carré des troisième à qui j'ai enseigné cette année. Métaphoriquement, je les ai mené jusqu'au brevet. Nous avons dans une dignité parfaite (à part Pauline qui disait à Alexandre d'arrêter de lui toucher le cul.) visité une dernière fois de long en large l'établissement où nous avons travaillé.
Pendant cette randonnée d'adieu, j'ai ressenti plusieurs pincements au coeur : la fierté d'avoir redonné confiance et goût au travail à Joey, la désillusion de m'être fait un quasi ennemi de Farid, la joie de m'être réconcilié avec Riselaine qui ne me supportait pas en cinquième (et c'était réciproque.), le contentement de savoir que l'année prochaine ils partent tous là où ils ont souhaité, le déception de n'avoir pas toujours été aussi passionnant que je le voulais.
Enfin, nous nous sommes arrêtés devant la baie vitrée de l'entrée pour attendre la dernière sonnerie. Je leur ai dit combien j'avais apprécié leur présence, je leur ai souhaité tout le bonheur du monde en chantant, et je leur ai recommandé de bien faire attention dehors parce qu'il y avait tout plein de trucs durs et dangereux dans la vraie vie.
La sonnerie a retentit et Romain m'a mis un bon coup de latte dans les joyeuses, histoire de me montrer qu'il y avait des trucs dangereux dans la vie qu'ils vivaient aussi. La larme à l'oeil je les ai regardés partir sous l'orage naissant. Ils étaient heureux. Aucun ne s'est retourné une dernière fois, avides qu'ils sont de ce qu'il y a devant eux.
P'tits cons.
20:11 Publié dans P'tit con. | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
mercredi, 22 juin 2005
On en rira dans dix ans...
Liste de petits détails insignifiants qui m'ont fait douter de ma non-foi en Dieu.
Avant d'arriver sur le lieu de paix et de sérénité qu'est le blog, j'ai vécu des aventures tumultueuses et riches en évènements divers. En 2003, j'existais déjà, et ma femme et moi venions de nous séparer, ce qu'elle avait trés bien pris puisqu'autant je ne l'ai jamais vue aussi heureuse qu'à cette époque. Ce n'était bien sûr qu'un prémice. On ne sait jamais lire les signes de notre destinée, comme dirait Guy Marchand. Pour résumer ces quelques mois, j'avais à l'époque commis un poème épique que je vous soumets et qui vous apprendra mon prénom si vous n'avez pas encore réalisé qu'il est marqué sur mon adresse e-mail.
(Maintenant, joue avec Cohen. Sauras-tu deviner ce qu'il lui arriva en cet été 2003 ?)
La geste de Christophe
Histoire mirifique des menus desplaisirs quotidiens
Oyez donc, gentes dames et beaux messieurs,
De Christophe le destin douloureux.
En mi le beau pays de la Bourgogne,
Il vivoit, modestement et sans vergogne,
Quand Notre Seigneur, son nom soit béni,
De le mettre à l'épreuve y vint l'envie.
C'estoit pendant l'horreur d'une profonde nuit
Où la brume tomboit et la fatigue aussi,
Et cet andouille, plutôt que mettre en panne,
Après une valse, se prit un platane.
Esbaubit d'être en vie,et si foible pourtant,
L'épaule en torche-cul, l'omoplate sous les dents,
Il prend quelque repos tout à fait salutaire
Dans le fond de son lit tout en pleurant sa mère.
Il veut faire la part du bon et du mauvais
Et dit :" telle aventure ne reviendra jamais."
Une lune passa, pour soigner sa douleur
Amis de longue date vinrent lui faire honneur.
Pour les remercier de tant de dévouement
Leur fit un beau spectacle et fort élégamment
A la fin d'icelui il fit impression forte
En s'ouvrant le crâne sur le chambranle de la porte.
Prenant abonnement avec beaucoup d'entrain
Il fait donc le voyage pour l'hôpital voisin.
L'infirmière charmante et à la lame sûre
Avec célérité lui fait une tonsure.
Un travail de cousette et tout va pour le mieux
On rentre à la maison se reposer un peu.
Etait-ce les castors, tout plein de haine emplis
Qui mirent le tronc d'arbre sur la route à minuit ?
La voiture y passa, et éclata deux pneus,
Et pour se reposer, il faut attendre un peu.
A trois heures du matin, le dépanneur est triste :
Récit de l'aventure le rendra moins sinistre.
Des journées passent, bien emplies de langueur,
Quand d'un nouveau carosse, il se porte acquéreur.
Libre enfin, de nouveau prêt à courir fortune
Vers le bas Beaujolais, il roule sous la lune.
Là l'attendent les ris et moult joyeusetés
Car le vin coule à flots dans le bas Beaujolais.
Mais ne croyez donc pas que seul le vin coule
Car pendant la nuit, la fosse sceptique refoule.
La serpillière en main, pateaugeant dans la crotte,
Essuyant le parquet, aidé de tous ses potes,
Il se dit :" ce n'est rien, si dans l'après-midi
Je n'avais pas cassé sans en avoir envie,
Une paire de rollers - je les avais loués -
Mon joli pantalon, le fer à repasser.
Prenons donc du recul, et remainons chez nous."
Il reprend son chemin et rentre dans son trou.
Ici tout n'est qu'ordre et beauté et puis la suite
Il y croit fort,il s'en convainct, la foi l'habite. ( et le premier qui me dit que c'est le foie, je le...)
D'une soirée de chips et de bandes-vidéos
Faisons-donc notre miel et restons tranquillo.
Parti pour emprunter quelque film de bon goût
Il va à la machine qui sobrement les loue.
Il y insère sa carte avec beaucoup d'adresse :
Un flash et deux hoquets : la machine est H.S.
Il faut au jour suivant aller voir le gérant.
Ce n'est pas vraiment grave, c'est en tout cas bien chiant.
Et après quelques courses, revenons sur nos pas :
Il n'en est pas question , la voiture démarre pas.
Beaux seigneurs, gentes dames, croyez ce qui est dit
Car nulle invention n'a place dans ce poème
Mon ode se finit, et nous sommes jeudi,
Mais pour faire d'autres vers, y'a toute la fin d'la s'maine. ( et franchement ça fout les jetons.)
Ah, j'en ai la larme à l'oeil en le relisant, la nostalgie, pépère, c'est toujours comme ça.
18:15 Publié dans Ma Vraie Vie Vécue | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
lundi, 20 juin 2005
Une mouche peut pêcher.
Liste des différentes raisons qui expliquent que je travaille dans l'Education Nationale plutôt que dans la police municipale.
Le soir, j’aime bien suivre, d’un œil distrait, la série New York section criminelle, entre deux cavalcades sur Canal Plus (Les chevaux c’est ma grande passion).C’est l’histoire de deux flics normaux, mais à vrai dire vraiment très normaux, ce qui est l’apanage de la série policière américaine. Les séries européennes quant à elles mettent en scène un flic tout seul (on n’a pas les mêmes budgets), normal, mais normalement normal. Et puis le flic européen a une famille tandis que le flic américain a des états d’âme.
Dans cette série admirable, deux enquêteurs vivent de passionnantes aventures de viols et de meurtres : un homme joué par Vincent d’Onofrio et une femme jouée par on s’en fout c’est un faire-valoir. Car en effet c’est le moutonneux Vincent qui fait tout le boulot pendant que l’autre feignasse fait rien d’autre qu’à être scandalisée. A cet effet, notre héros a une méthode toute personnelle : pendant l’inévitable interrogatoire, il parle au suspect d’un air candide, les yeux dans les yeux, tout en se cassant en deux vers l’avant et en penchant la tête sur le côté. L’assassin le plus féroce est vite déstabilisé. A tous les coups. Il avoue donc en pleurant sa mère.
Permettez-moi d’ailleurs d’ouvrir une parenthèse et de vous signaler que je suis le Vincent d’Onofrio du boulot. Je me plante devant un gamin, je me casse en deux, je penche la tête sur le côté et là il craque. Il me récite le nombre Pi jusqu’à la vingtième décimal en pleurant sa mère. D’accord, j’enseigne le français, mais il me semble que la méthode est porteuse d’espoir.
Revenons à nos moutons ou plus exactement à nos mouches puisque c’est de cela qu’il s’agit. Ce diptère trop commun est un monument d’inopportunité comme l’été commençant nous amène à le constater. Quiconque a tenté de profiter de la sieste de quatorze heures pour tenter de lutiner doucement sa compagne tandis qu’au plafond vibrionne une énorme mouche à merde qui sous prétexte de son armure verte brillante se prend pour un chasseur zéro attaquant Pearl Harbour, quiconque a connu cet intense moment d’agacement qui transforme la complicité la plus forte et la plus érotisé en engueulade monstrueuse consistant à savoir qui doit sortir la poubelle, quiconque s’est retrouvé la bite en berne et suant de colère à ce moment-là me comprend.
Et bien, j’ai découvert que cet animal est aussi vicieux, méchant et têtu comme un âne. Tandis que je vous concoctais l’autre jour une note flamboyante (je dis ce que je veux, je suis chez moi.), deux mouches vinrent s’ébattre dans mon voisinage. Il était évident que l’une d’elle avait l’œil égrillard et contemplait avec envie les formes avantageuses de sa partenaire ; hélas (pour lui, moi je m’en fous, c’était pas du tout mon type) cette dernière restait de marbre face aux avances dont elle était la cible. Quelle ne fut pas alors ma surprise horrifiée quand le mâle sauta sur sa partenaire, la clouant au sol, lui bloquant les ptères, dans le but manifeste de la violenter.
N’écoutant que mon courage, j’attrapai le criminel insecte et le regardai dans les yeux (j’ai un peu louché devant toutes ces facettes mais baste.) et lui hurlant à la face qu’il n’était qu’un monstre, une abomination, un rebut de l’humanité, un caca boudin.
Croyez-le où non, mais l’animal resta placide et je ne suis pas assuré qu’il n’avait pas un sourire au coin de la trompe.
L’entrevue dura longtemps pendant laquelle je fis pression pour lui faire avouer son crime, exprimer quelques remords. Mais avec un sang-froid imparable, la mouche me tint tête si bien que je la laissais finalement partir.
Et là je pose la question : il est où Vincent d’Onofrio quand on a besoin de lui ?
18:33 Publié dans Ethique en toc | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
vendredi, 17 juin 2005
Tu t'es vu quand t'as lu ?
Ah.
Encore une chaîne qui va se briser sur les récifs de mon inconditionnelle misanthropie. En même temps, quel foutu service me rend la charmante Cécile en me proposant de répondre à un questionnaire. D’abord parce que je mène pour l’instant de front le combat contre plusieurs textes rétifs au sujet de chaussette et d’enculade de mouche, ensuite parce que je ne trouve plus d’idée de jeu à la con, enfin parce qu’il fallait bien que je poste un truc avant le week-end.
Merci Cécile donc. Cependant sachez que ce questionnaire n’ira pas plus loin, hélas pour lui. Je ne peux pas choisir entre mes divers contacts que j’apprécie tous (sinon, ils seraient pas là, je te les aurais envoyer se faire *%&@ ), mais si le cœur vous dit de répondre dans les commentaires... Faisez, la maison est ouverte (oué, lâchez vos comm’)
Et puis je suis flatté que quelqu’un de tout neuf dans ma bulle pense à moi. Alors encore merci Cécile ( je viens de faire un bisou à mon écran d’ordinateur.). Et maintenant, place à la mise à mort car je vais te le mettre en huit morceaux ce questionnaire.
1- Combien de livres lisez-vous par an ?
Que je ne connais pas ? En dehors de ceux que nécessitent mes obligations professionnelles ? Juste pour le fun alors ? Peu donc, mettons une cinquantaine.
2- Quel est le dernier livre que vous avez acheté ?
Les cahiers de Don Rigoberto de Vargas-Llosa.
3- Quel est le dernier livre que vous avez lu ?
35 kilos d’espoir, je sais plus l’auteur. C’est un livre de jeunesse.
4- Citez (listez ? ouh !) cinq livres qui comptent pour vous.
Eh ben non. Pas question. Je relis ma bibliothèque régulièrement, donc ça fait beaucoup plus de cinq livres. C’est pourquoi je décide de façon tout à fait injuste de citer cinq auteurs qui comptent vraiment pour moi.
- Flaubert : le roi de la gaudriole, le retapisseur de mots. C’est une grande passion que j’ai découverte en licence. J’ai tout lu, même la correspondance, t’as qu’à voir. Il me fait rire, il me fait réfléchir, il m’émeut parfois.
- Pratchett : étonnant, non ? Je suis (presque) toujours scié par le foisonnement d’inventions qu’apportent ses romans. Je suis fan aussi de son traducteur dont le travail est impeccable.
- Rabelais : le premier à m’avoir donné envie d’écrire des listes. Je m’esclaffe bruyamment dès que je relis les épisodes du torchecul, ou encore de la liste des ouvrages dans la bibliothèque de Gargantua (« Des poys au lard cum commento ») ou bien de la noyade des parisiens par compisserie.
- David Goodis : Sa peinture d’une humanité rampante, malsaine et méchante ne peut que vous prendre aux tripes. Il est l’auteur de roman noir par excellence. Romans fait de souvenirs, de sentiment remâchés, de frustrations et de haine.
- Cavanna : qui m’a fait découvrir qu’une autobiographie n’était pas forcément égocentrique, qui s’est attaqué avec talent à assez de genres pour me donner l’envie de les lire (notamment le roman historique) et qui a une aussi belle moustache que Flaubert.
Bon finalement, je ne l’ai mis qu’en quatre morceaux le questionnaire. Je le passe à qui veut bien. Et puis tiens, mettez votre joue contre l’écran. Je vous fais un bisou.
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mercredi, 15 juin 2005
Un diamant gros comme le Formule Un.
Liste des raisons pour lesquelles je ne vais pas tarder à être imprimé sur les billet de sept euros cinquante.
Il y a Pierre et Marie Curie. Il y avait aussi Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre, Louis Aragon et Elsa Triollet. Il y a enfin David et Cathy Guetta. Tous brillent au firmament des couples immortels, car vous avez remarqué, lecteur, avec la sagacité qui vous caractérise, qu’il s’agit de couples. Mais pourquoi ? Pourquoi eux et pas d’autres. Ont-ils ressenti en étreintes passionnées des sentiments plus fort que le reste de l’humanité ? Non, ils partageaient simplement la même passion qu’ils ont menée à son terme.
Les Curie avaient la même féroce volonté de frapper à bras raccourcis sur des morceaux de métaux pour les réduire en miettes, et ceci dans le but de voir si cela rendait bien les gens phosphorescents. Sartre et Beauvoir partageaient un amour immense du peuple, de l’engagement et du camarade Mao. Aragon et Elsa admiraient avec un ensemble admirable… Elsa. Enfin, David et Cathy, ermites de la nuit, collectionnent les encéphalogrammes plats et les dents qui brillent.
Personnellement soucieux de ma postérité, j’eusse aimé comme eux partager avec Machine, ci-devant moitié de mon couple, une forte et belle passion. Las, nous n’avons en commun que peu de violons d’Ingres. Elle est autant littéraire que je suis scientifique, autant posée que je suis joueur, autant fan des serial-killers que je le suis des gourous de secte, autant urbaine que je suis rural, autant urbaine que je suis grognon (ah ah, comme je vous ai eu sur le coup.). Bref je me faisais un sang d’encre, doutant que les écoliers ânonnent jamais mes exploits devant un parterre de coreligionnaires endormis.
Puis vint ce jour où, rentrant harassé d’une dure journée de labeur au cours de laquelle j’avais décervelé une bonne soixantaine de gosses, je la trouvais, sa silhouette courbée sur la table du salon, s’adonnant à une pratique occulte que j’ignorais. Devant elle, brillant de mille feux, s’alignaient des éprouvettes aux couleurs diverses et chatoyante, un orgue à lumières sous la lampe de la salle. In petto, je pensai : « Oh non, pas encore ce genre de dessert. »
Mais je remarquai soudain que s’échappaient desdites éprouvettes des perles aux formes et tailles diverses, le fin du fin de chez Ikea, un monde de meugnonnerie schtroumfique. Et elle, au beau milieu de cet univers, de ses petites mains agiles, enfilait sur un fil de pêche (goujon, grand maximum) les minuscules bouts de verre : rondes, rocaille et toupies, et ce dans le but évident de confectionner des bagues au cabochon imposant et au goût légèrement douteux.
Elle qui était une pure intellectuelle se métamorphosait en artisane joaillière ; elle devenait la Cliff & Van Arpeels des nains de jardin, enchaînant avec un enthousiasme débordant la mise au point de bijoux de strass et de verre. Elle les fait, les défait, les photographie, les offre.
Et puis, il y a un mois, tandis que je me consacrais à un travail du plus haut intérêt pour l’humanité (je massacrais à grand coup de voiture une horde d’escargots sauvages.), un cri s’éleva du plus profond de son antre alchimique (le salon, donc.) : « Eurédmie » (ses notions de grec sont approximatives et elle est toujours en retard.) Et elle me cria une nouvelle d’importance : « Je suis un génie ».
Bien qu’accordant une foi aveugle dans ses dires (la confiance est le ciment du couple, ou au moins du crépi.), je dois avouer que je restai légèrement dubitatif. Je m’enquerrai donc du pourquoi de ce bruyant enthousiasme, et elle me tendit avec un éclair de triomphe dans le regard un bijou protéiforme et spectaculaire : «C’est moi que je l’ai inventé. Tout seul. » Avant que je lui répondisse que je n’en doutais en aucune façon, elle ajouta, dégoulinante de fierté : « Je suis un génie de la perle. »
Mes yeux s’écarquillèrent et je sus alors que nous avions pénétré le cercle fermé des couples légendaires car je suis aussi un génie de la perle. Tandis qu’elle les enfile je les lâche. Le matin.
C’est relativement très insupportable une telle osmose.
15:55 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note