mardi, 31 mai 2005
C'est la fête à ta mèreu, pas ton anniversaireu...
Liste des différentes façons de faire plaisir paraît-il à une maman pour sa fête.
Acheter un kilo de macaronis. Les peindre avec de la gouache. Privilégier les couleurs rose vif, vert pomme et jaune citron. Les passer sur une ficelle à gigot d'environ deux mètres en les séparant par de gigantesques quadruples noeuds. Offrir la chose avec des yeux bovins. Oublier de ranger la table.
Choisir un morceau de contreplaqué de forme incertaine. Piquer le fer à souder de Papa. A intervalles irréguliers, faire des entailles de brûlé sur le pourtour de la planchinette. Ecrire en lettres-bâtons : "JE T'AIMES MAMAN". Barrer le S. Faire un trou à la place du S. Tenter de dessiner une fleur à la place du trou. Rater la fleur. Passer un coup de lasure. Offrir la chose avec des yeux bovins pendant que ça colle encore.
Dechirer un morceau de tissu très doux, un morceau de pull cachemire fera l'affaire. Ecrire dessus "Bonnes fêtes Maman" avec un feutre. Jeter le feutre qui n'a plus de mine. Aller chercher trois herbes sèches et une marguerite près du compost. Les coller avec du scotch sur le tissu. Fixer le tout dans le cadre où il y avait la photo de mariage. Casser le verre pour ne pas écraser les plantes. Offrir la chose avec des yeux bovins avant que ça fane.
Mettre un bon paquet de glaise à tremper. Le creuser avec ses petites mains. Mettre un plastique sur la nappe de la table du salon. Recommencer à creuser. Ranger les 700 grammes de glaise humide en surplus dans l'armoire à jouets. Graver "VIDE MAIN" au fond de la poterie. Tracer à la gouache rouge un coeur surplombant le mot "maman". Mettre le bidule dans le four. Oublier de mettre du papier-sulfurisé. Offrir la chose avec des yeux bovins dès que la colle a séché.
Acheter un truc qui brille. Offrir la chose avec des yeux bovins dans un paquet avec le nom de la boutique dessus (ça sert à quoi d'offrir des trucs chers si on peut pas aller vérifier leur prix ?)
Dire aux gosses d'aller se coucher : ce soir c'est la fête de leur mère.
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lundi, 30 mai 2005
Je le savais pas, mais je suis un salaud de fasciste nazi totalitariste et raciste de merde. (bis)
Liste seconde d'un énervement a posteriori.
Je vous jure que je ne voulais pas en parler. Mais bon, c'est plus fort que moi, quand on m'insulte, j'ai un besoin irrépressible de répondre de façon courtoise.
Donc hier, outre des jeux de mots sur le dit-blog, j'ai regardé la soirée électorale en sablant le champagne avec des amis, à savoir : un fasciste lepenifère, un villieriste mité, un gaucho ultra antisémite. Ben oui. Devinez quoi ? J'ai voté non. Et donc on m'a analysé mon vote. Comme à l'hosto.
- Bien, alors docteur IPSOS, que voyons-nous sur ces radios ?
- Eh bien, docteur IFOP, c'est simple, le malade est atteint de renfermite aigüe : il rejete toute personne qui soit différente de lui.
- Oh lala, c'est moche ça Dr IPSOS, d'autant que l'on voit qu'il est affligé d'un strabisme électoral : il confond les scrutins, ce con.
Fin de la consultation, c'est 117€, merci.
Bien. Donc mon vote est un vote extrémiste. Ben oui, j'ai voté comme Besancenot et LePen. Donc je suis extrémiste et ma cause est indéfendable. Je fais mon Mea Culpa, et à la prochaine guerre à laquelle ces gens là sont opposés (en Irak par exemple.), je m'engage, promis.
Et puis, sagouin que je suis, j'ai menti au "petit peuple"( NB : Petit peuple : n.m. Bande de cons à qui on peut tout faire gober. Dictionnaire Démocratique 2005.) par le biais d'une honteuse propagande. Bien sûr certains médias courageux avaient choisi leur camp (citons par exemple : Tf1, France2, France3, ARTE, Europe, Rmc, RTL, FranceInter, FranceInfo, FranceCulture, Libération, Le Monde, Le Figaro, Le Parisien, VSD, Charlie Hebdo.) mais comme il s'agissait de médias alternatifs, les tenants du Oui étaient bien mal servis. Tandis que moi, enculé de ma race, j'étais toujours sur les plus grandes antennes : le marché du lundi, le marché du mercredi. Alors oui ça c'est de la propagande.
Continuons : j'avais oublié de faire mon projet de contre-constitution. Ah ouais merde, je suis con. Moi je croyais qu'on me demandait juste si j'étais pour ou contre l'application de ce texte, je savais pas qu'il fallait glisser sa propre constitution dans l'urne. J'aurais pu y penser. Et le fait que pour rédiger celle-là, un comité ait mis seize mois alors que c'est son travail principal, et que moi je suis tout seul avec un autre boulot, c'est de la mauvaise foi. Pure et simple. J'avais qu'à faire ma Constitution. Et arrêter de croire que les politiques servent aussi à entendre mes doléances. Ils ont d'autres préoccupations de classe (Comme dit la maire de ma ville pour qui le mot classe politique équivaut à caste politique.) faut les comprendre aussi : ils écoutent déjà les gens importants, ils peuvent pas écouter tout le monde non plus.
Et enfin : à cause de moi, d'autres risquent de voter non... Et alors ? Ca prouvera que mon vote n'est pas si isolé en Europe (il paraît que tout le monde se fout de nous, tout le monde. Y compris les Espagnols qui ont ratifié ce traité à 72% - avec 60% d'absentions, mais bon, c'est l'intention qui compte- et les Allemands, qui n'ont pas voté, et qui n'ont pas lu cette constitution.).
Toutes ces analyses m'agaçaient avant le scrutin. Elles sont exactement les mêmes après. Ca ne m'agace plus, ça m'inquiète. Si nos appareils politiques ne bougent pas d'un pouce dans leurs convictions après que le peuple se soit fait entendre (changer de premier ministre, soyons sérieux, c'est pschitteries et compagnie.), c'est que ce scrutin n'aura servi à rien. Je ne pense pas qu'expliquer aux gens qu'ils sont tous des cons d'abrutis soit une façon constructive de chercher un autre conpromis.
21:33 Publié dans barbarismes | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
dimanche, 29 mai 2005
Rien mais alors là... rien.
Liste des règles qui vous permettent d'obtenir un joli jeu à la con pour passer les longues soirées électorales.
Je vous vois venir, l'invective à la bouche : "ce sagouin de Cohen va déverser son venin en ce soir de référendum sur nos hommes politiques. Ca commence à faire, quel enculé" (comment savez-vous ça d'abord ?)
Perdu. J'écris ce soir, bien que totalement vide, voilà longtemps maintenant qu'aucune once d'idée, que pas le moindre embryon d'histoire n'est venu me gratouiller le cortex. Mais heureusement aujourd'hui est un jour d'importance : c'est une des rares fois où la fête des mères tombe le même jour que l'anniversaire de ma soeur.
Je vous vois venir, la morgue aux lèvres :" et alors, qu'est-ce qu'on s'en tamponne le coquillard. On les connaît pas." Vrai, c'est pourquoi je ne vous parlerai pas d'elles.
Et toc.
Mais il m'est revenu en mémoire un certain voyage de retour d'Italie, où, nous ennuyant fermement à l'arrière de la R16, nous inventâmes de concert un fort joli jeu, baptisé "jeu à la con" inspiré de Pierre Dac (parce que je peux pas tout faire non plus). Pour les amateurs de jeux de mots, il s'agissait simplement de faire deviner au reste de la famille un mot commençant par con- et ce au moyen d'une définition fantaisiste.
Je donne un exemple : "Imbécile sanctifié". Alors ? Hein ? Oui ? Oui ? Non ? C'est pourtant simple, il s'agit d'un consacré. De même une crétine de bougie est un concierge.
Je ne résiste pas à soumettre à votre sagacité (à votre gagacité pour les plus vieux -oui, j'ai honte.) les meilleures définitions que nous fîmes en cette journée :
Débile flatulent.
Couillon qui est arrivé.
Andouille qui découpe un endroit protégé.
Imbécile narcissique.
Voilà.
Bonne soirée, électorale, républicaine et maternelle.
20:30 Publié dans Des bonnes listes | Lien permanent | Commentaires (80) | Envoyer cette note
jeudi, 26 mai 2005
Petit lapin ne va pas à Paris, petit lapin reste dans ta prairie...
Liste des diverses façons d’abattre le lapin nain qui pue du gosse sans pour autant le traumatiser.
Je n’ai jamais gagné dans les engins à tirettes des foires de mon enfance, mais il m’a été donné de découvrir dans un massif de ronces, en tirant la branche du bas, un cadeau extraordinaire : un lapineau ou plutôt une lapineaute. Serrant tendrement le rongeur entre mes bras, je le ramenai à la maison et la joie sourdait de toutes mes pores ainsi que de mes yeux innocents de grand gamin crétin. L’accueil parental fut néanmoins frais car eux avaient compris que notre beau foyer se trouvait sous la malédiction du vilain lapinou.
Cette malédiction ne s’abat que sur les familles qui ont commis l’erreur d’acquérir un minuscule animal à fourrure avec de longues dents qui s’agitent. Les pouvoirs de persuasion infantiles (à savoir des yeux bovins, un sourire édenté et une beuglante réitérée, les mêmes attributs que l’alcoolique, mais pour ce dernier ça ne marche pas, va savoir pourquoi…), bon, les pouvoirs de persuasion infantiles sont tels (ça y est je sais, c’est des Jedis les gosses.) Oh ! Les pouvoirs de persuasion des gosses sont tels que d’un rongeur on passe à deux, puis, par la grâce du vendeur qui reconnaît pas sa main droite d’une paire de roustons et vous a certifié que « oui, c’est une femelle. » , on en arrive bientôt à avoir en pension les 101 dalmatiens version lapin.
La cage en béton était devenue trop petite dès la première portée, à savoir : un albinos, un noir, un fauve et deux gris. (pour les scientifiques qui passeraient par ici, il est étonnant de voir à l’œuvre les lois de la génétique qui font en sorte que nous n’avons eu d'autre sorte de portée au long de cette épopée.) Prenant le taureau par les cornes, ou plutôt le lapin par les oreilles (ce qui me fait dire que nous avons eu bien de la chance : imaginez la taille de la cage si j’avais trouvé un veau dans les broussailles.) Faites taire ce dégresseur, enfin… Papa Cohen pris donc le taureau par les cornes et le bulldozer par les manettes, et construisit, érigea même un enclos de dix mètres sur six avec un mètre cinquante de hauteur de plafond, un coin abrité, une mini-rivière d’eau fraîche : le Versailles de la gent lapinière, le Taj-Mahal des rongeurs.
Et le temps passa dans le bonheur le plus complet, tandis qu’avec ma soeur nous cherchions bucoliquement des noms à nos animaux : « Réglisse » le lapin noir, « Lalouche » l’albinos, « Chimou » qui déposait une flaque de chiasse verte sur notre pantalon pour nous signifier que le temps du câlin était fini (un lapin d’une intelligence remarquable.). Hélas, le lapin a un gros problème : il ne connaît guère la volupté car sa capacité d’accouplement se limite au temps qu’il passe à se dire : « oh tiens j’ai le zizi tout dur là, ah ben non finalement. ». Afin de compenser cette frustration, il maintient une cadence significativement élevée de ses saillies.
Ainsi, ce qui devait arriver arriva. La surpopulation gagnait le territoire des lapins et il fallût se résoudre tragiquement à « gnoquer » nos animaux de compagnie, puis à les saigner après leur avoir arraché l’œil avec le pouce, enfin nous leur arrachions le pyjama.
Pourtant nous avions compris et nous n’avons jamais pleuré, enfants que nous étions quand il fallait tuer un de nos protégés et lui trouver une nouvelle demeure au fond du congélateur.
Par contre les gens faisaient une drôle de tête quand nous leur apprenions le prénom de ce qu’il y avait dans leur assiette.
21:05 Publié dans barbarismes | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
mardi, 24 mai 2005
Home Souite Home
Liste d'éléments qui me font accroire que je vis peut-être dans une banlieue résidentielle des Etats-Unis d'Amérique.
Je ne sais pas si vous êtes au courant mais j’habite une maison sise au beau mitan d’une résidence pavillonnaire. C’est le genre copier-coller, tiens je viens d’entrer chez le voisin, villa mon cul. Bien entendu, c’est tout neuf puisque, fainéant comme je suis, il n’est aucunement question que je fasse un quelconque travail d’aménagement. Enfin, les loyers sont assez élevés ce qui explique que l’habitat ici soit extrêmement populaire, puisque le fait de payer un loyer prouve que vous n’avez pas les moyens de devenir propriétaire (ou bien vous êtes trop couillon, ce qui est plus mon cas.)
A l’heure où j’écris, je suis sur mon petit carré de pelouse et autour de moi rien ne bouge, mais j’entends. J’entends qu’à gauche les voisins, dont la progéniture est si nombreuse que je ne peux vous donner le total de la fratrie, rient beaucoup. Dans la rue, de l’autre côté du pavillon, il y a deux groupes. Les garçons jouent au ballon, c’est un lourd ballon de basket, les filles font moins de bruit, soient elles disputent une partie d’élastique, soit elles ont enfourché les vélos. De temps à autre la voix d’une maman s’élève pour ramener tel ou tel à l’ordre : c’est la voisine d’en face, une jolie brune avec des dents de cheval. Elle doit faire connaissance, assise sur le trottoir, avec les nouveaux arrivants, des immigrés de Haute-Savoie. Je l’entends qui parle, qui parle sans arrêt comme cette après-midi où elle m’avait coincé et que nous avions discuté de tout et surtout de rien pendant deux heures. Et puis tiens, au loin, droit devant, des cris entremêlés et joyeux : la foire de la Pentecôte vient d’ouvrir.
Il n’y a pas que les sons, bien entendu (humour), la journée a été belle et les barbecues sont pour la première fois de sortie. Dans l’air tournent des odeurs grasses. Les voisins de droite tout au bout font griller des merguez. Leur parfum se déverse avec volupté, il est quasiment liquide, on se doute qu’il doit coller aux cheveux, il a même réussi à repousser dans ses derniers retranchement l’offensive pourtant vindicative de la tranche de foie à la persillade que j’avais concoctée, et qui se mariait avec bonheur à la subtile odeur d’herbe coupée de la pelouse voisine.
Enfin il y a la vue. Terrible vue. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais ma maison donne sur le parking où sont stockées les voitures du concessionnaire Peugeot, une arrière-salle en quelque sorte. Chaque jour, je vois des carrosseries rutilantes de tous les modèles existants (elle est très moche la 1007), elles me regardent avec leurs yeux rouges, elles attendent patiemment, sans bouger. Et sur la route, je les reconnais toutes, sans aucune hésitation. Juste… il faut que je sois derrière. A droite, à gauche, des haies de thuyas qui permettent que nous ayons une certaine intimité, mais bon, c’est neuf et un thuya neuf ça fait douze centimètres de haut. Donc quand nous mangeons la tranche de foie tandis que les voisins prennent l’apéro, il y a toujours un regard un coin qui s’envole quand sourd une saillie quelconque, au cas où les autres l’aient entendue et appréciée, juste pour voir si l’on pourrait s’entendre, avec de la crânerie et du rire gras mais finalement beaucoup de timidité.
Voilà. C’était ma soirée pas spéciale. Mais il suffit d’un rien finalement pour se prendre pour un poète. Sur la pelouse, mon ordinateur portable est la dernière tache de lumière, mais dans la rue les enfants jouent encore. C’est normal : demain y’a pas école.
19:55 Publié dans Ma Vraie Vie Vécue | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
vendredi, 20 mai 2005
Juste pour dire : la mort, on ne s'y habitue jamais.
Liste de toutes les choses qu'on regrette de ne pas avoir fait.
Vous le savez si vous suivez les péripéties de ce blog, j'ai été un peu élevé par un boucher et sa femme : Tonton et Tatan. Aujourd'hui Tatan se porte à merveille, à quatrevingts ans, c'est la plus belle des grand-mères, même si elle n'a jamais eu d'enfants. Tonton n'est plus là : il est mort il y a une vingtaine d'années d'un cancer des os. Une maladie longue, salope et terriblement douloureuse.
Je ne l'ai vu qu'une fois pendant sa maladie : nous descendions en ville et l'avons croisé sur la place de l'église. Non, en fait nous avons croisé un vieillard d'une maigreur épouvantable, se déplaçant à l'aide de béquilles. Mon père lui parla un peu. Moi pas. Je ne l'avais pas reconu. On ne peut pas reconnaître un boucher quand il pèse quarante kilos. Je ne l'ai plus revu, et il m'a fallu quelques temps avant de réaliser que c'était lui.
Où voulais-je en venir ? Hier soir, Michel est mort. Une crise cardiaque. La mort instantanée en promenant le chien. Le chien reviendra. Pas Michel. Michel, c'est un collègue. Pas même un ami. Mais hier, le jour de sa mort, je lui ai dit bonjour. Il m'a dit : "Salut Christophe" et en se serrant, nos mains ont claqué. Le soir même, j'étais pressé et je suis parti tôt du boulot, sans même le saluer.
Tout ça pour dire que les gens ont besoin d'un peu de temps. Un peu de temps pour leur dire au revoir comme il le faut. Au cas où.
22:20 Publié dans Ma Vraie Vie Vécue | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
mercredi, 18 mai 2005
Quand on est confronté à un escargot, il faut savoir prendre ses responsabilités.
Début de liste des faits qui font de moi un sauveur de l’humanité (vous me remercierez plus tard.).
D’après Robert, Darwin (Charles) est un naturaliste né en 1802 et mort en 1882, qui a fait scandale en son temps en inventant l’évolution. A ce titre nous devons lui rendre grâce, c’est un magnifique service qu’il a rendu à l’humanité. S’il n’y avait eu Darwin, les poules seraient restées comme au temps de nos ancêtres des animaux de trois mètres de haut, pesant plusieurs tonnes avec des dents longues comme des sabres de cavalerie. Cela rendrait le commerce de l’œuf fort ardu (imaginez la taille des caddies) et il faudrait étendre des fils d’étendage entre les gratte-ciels pour pouvoir saigner ces volailles après les y avoir accrochées par les pattes.
Gloire à Darwin donc qui a réduit le volume de la poule de 98% et donné un sens au mot « histoire ». Ainsi, nous savons maintenant que le vivant est en perpétuelle évolution, que l’huître contemporaine présente peu de similitudes avec son ancêtre capétienne, plus fruste et qui n’avait jamais vu un citron de sa vie. Les éléments du vivant évoluent d’ailleurs de plusieurs façons : ils s’adaptent du mieux qu’ils peuvent à leur environnement, mais sont aussi sujets à de micro-bonds mutatiques qui consacrent l’arrivée d’un individu plus apte à la survie. Pour reprendre notre exemple, si le tyrannosaure ne s’était pas transformé en un ridicule tas de plumes de trente centimètres de haut, il n’aurait jamais pu intégrer son milieu naturel : la cage à poules.
Cette fastidieuse introduction pour vous expliquer ma surprise et mon enthousiasme quand je fus le témoin d’une étape de cette évolution il y a une semaine à peine. De retour du travail dans mon automobile, braillant à tue-tête que « I’ve got a broken face houhou houhou houhou houuuuu », j’aperçus au beau mitan de l’asphalte une petite boule sombre. Le temps alors suspendit son lac son vol (y’a du quantique là-dessous.) afin qu’éberlué, je pusse constater la présence incongrue d’un escargot traversant la chaussée. Le gastéropode avait à ce moment réussi à parcourir plus de la moitié du chemin le séparant du talus opposé de cette route à fort trafic.
IL ETAIT VIVANT !
J’imaginai alors la masse énorme de volonté que la chose avait nécessité, ainsi que la chance et l’agilité incroyable dont avait bénéficié l’hélix. Je n’eus que quelques dixièmes de secondes pour prendre une décision en conscience. C’est dans l’urgence, le cœur serré par une honte inextinguible causée par une telle injustice que je me suis appliqué à réduire en bouillie l’exceptionnel escargot.
Car enfin, si j’en crois le sieur Darwin, il n’aurait pas été si long temps avant que l’humanité fût décimée par un déferlement de monstrueux gastéropodes rapides comme l’éclair et têtus comme des ânes, descendants du mutant que j’ai éradiqué.
Certes, le geste était cruel, mais si je ne sauve pas le monde, tu crois que c’est Superman qui va le faire ?
14:59 Publié dans Science et technique | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
lundi, 16 mai 2005
Je le savais pas, mais je suis un salaud de fasciste nazi totalitariste et raciste de merde.
Je ne voulais pas en parler, mais il est des moments où cela fait un peu trop.
Sur France Culture ce matin, Jack Lang analysait avec la pertinence qu'on lui connaît le vote négatif au référendum. Heureusement qu'il était là pour m'ouvrir les yeux.
J'étais dans le faux. Je croyais que j'avais le droit de dire "non" à cette constitution après une lecture raisonnée du projet qu'on nous a soumis, après une prise d'information sérieuse auprès de gens estimables.
Hé ben tout faux mon Cohen : si tu votes "non", tu es raciste, fasciste, xénophobe, quasiment nazi (c'est toi qui va rouvrir les camps de la mort). Mais c'est là le moindre défaut : tu es con comme un balai mon pauv' Cohen parce qu'il le sait bien lui, le militant de gauche qui prend le marquis, si tu votes non, c'est juste pour protester contre Raffarin, et tu te trompes de cible. Et puis Cohen, tu es un menteur : qu'est-ce que c'est que ces façons de dire à tout le monde (c'est ce qu'on fait quand on milite pour le "non") que le traité va interdire l'avortement, et rétablir la peine de mort ? Dis t'as pas honte mon barbare ? Et dis pas que tu l'as pas dit, j'ai tout entendu.
Avoir milité dans des associations anti-racistes, avoir fait cinq ans d'études après le bac, avoir voté à toutes les consultations pour être traité finalement de raciste, d'abruti et d'anti-démocrate, ça fait beaucoup pour un lundi à huit heures du matin.
Désolé d'avoir ouvert cette parenthèse, ce n'est même pas un appel à voter quoi que ce soit (ce n'est pas le lieu pour le faire et le choix du 29 mai mérite un vrai débat et pas des coups de sang : pour bien signifier ça, je ferme les commentaires sur cette note, j'espère que les quelques lecteurs qui passeront respecteront ce droit de réserve que je m'autorise.), c'est juste un petit coup de gueule spontané envers nos chefs démocrates qui nous affirment sans sourciller qu'on n'a pas le droit de choisir son vote.
J'en profite pour dire que voter "oui" n'est pas une tare, même si je ne partage pas ce point de vue, c'est un choix et j'espère vraiment que ceux qui y adhèrent ont fait un choix raisonné et non pas du suivisme. Je trouve juste inquiétant que nos élites, de droite ou de gauche, commettent de plus en plus souvent un déni de démocratie et utilisent avec une joie certaine la violence verbale et le chantage à l'extrémisme.
08:20 Publié dans Questionnement | Lien permanent | Envoyer cette note
dimanche, 15 mai 2005
Avoir les qualités de ses défauts, c'est pas ça qui console.
Liste de trois de mes défauts (pas plus, parce qu’il ne faut pas éxagérer.)
J’ai été condamné, mais je tiens à le crier à la face du monde : « je suis innocent. » Tellement innocent même que j’ignore en fait de quoi je suis innocent. Le jury était partial, le juge était vendu, la presse était subjective. Je n’ai commis que le délit de sale gueule ; on m’a jugé sur la couleur de ma peau, c’est dégueulasse, même si c’est vrai que ce teint rouge-violacé n’est pas joli.
Oyez donc : le sieur STV s’est senti insulté et m’a condamné de façon inique à décrire par le menu sur mon propre blog trois défauts que je me reconnais où que l’on me reconnaît. Amen. Qu’il en soit donc ainsi. Roulez tambour : mesdames et messieurs, sans filets ni aucune protection et devant vos yeux ébahis, le temps de me trouver une plaie et je me retourne le couteau en son intérieur.
Mais qu’on m’autorise un léger préliminaire monsieur le président, monsieur le procureur, mesdames et messieurs les jurés. Sachez que je m’engage avec une solennité extrême à ne pas sucer la roue du peloton des faux-culs qui transforment une qualité en défaut par le truchement du seul mot « trop », de ceux qui pensent qu’ils sont trop perfectionnistes ou trop naïfs, voire trop généreux. Ah la vilaine troupe dont pas un n’avouera jamais qu’il pue de la gueule ou qu’il a la bite en pointe.
Recentrons-nous sur le sujet, messieurs les jurés, et d’une : je suis une feignasse. Oh, je vous épargnerai les envolées lyriques sur les bienfaits de la paresse, mère de la prudence ou le raisonnement par l’absurde qui veut qu’il faille énormément travailler pour arriver à ne rien faire. Non, le fait est là. Je suis une grosse feignasse. Si la vaisselle n’est pas faite, j’attendrais patiemment qu’elle pue bien (comme les poils du même nom) pour que quelqu’un la fasse à ma place. Ai-je un travail à effectuer sous une semaine que j’attendrai le sixième jour au soir pour n’en faire que la moitié. En un mot : je préfère me faire chier à rien faire que de m’éclater au boulot.
Et de deux : je suis d’une lenteur intellectuelle assez exceptionnelle pour un mammifère. Le type qui, dans la rue, le nez bas s’écrie soudain : « Et toi t’as vu ton chien ? Voilà ce que j’aurais du lui répondre ! », le type qui comprend soudain que ce n’était pas la chose à dire alors qu’il est trop tard pour éviter la gifle, le type qui vote le lundi parce que dimanche il n’était pas encore sûr, ce type-là, c’est moi. Une certaine forme d’imbécillité me fait loucher vers le haut sitôt que l’on aborde des sujets demandant à la fois des connaissances et de la présence d’esprit.
Enfin, et ce n’est pas le moindre de mes défauts, je suis un vrai dégoûtant. C’est bien simple, ma copine m’appelle Tupuduku. Au début, quand je pétais et que je rotais, les gens trouvaient cela drôle. Alors, j’ai continué en bon bambin nombriliste. Puis les gens ont fini par trouver cela honteux et révoltant. Alors j’ai continué, punk rebelle que j’étais devenu. Et ensuite, plus rien, les gens se sont habitués. Alors j’ai continué, comme ça, comme on fume ou comme on boit.
Voilà.
J’espère, monsieur STV, briseur de rêves, tueur de mythe, iconoclaste, que vous êtes heureux. Vous m’avez fait tomber de mon piédestal.
En même temps, il était pas bien haut et je m’ai même pas tordu la chouwille.
20:00 Publié dans Ethique en toc | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
jeudi, 12 mai 2005
Je ne suis pas n'importe qui, savez-vous ?
Liste de chiffres significatifs qui ont décidé de mon sort à l'insu de ma propre volonté et peuvent revêtir un aspect effrayant pour l'humanité, mais continuez à espérer tout de même.
Quand je m’ennuie en voiture, j’ai un jeu simple et qui me permet de garder les yeux sur la route : j’essaie avec les chiffres de la plaque de l’automobile qui me précéde d’arriver à deux, trois chiffres semblable ou une suite de chiffres consécutifs en utilisant des opérations de base non-consécutives. On dirait de l’Einstein comme ça mais je vous donne un exemple : ma voiture a pour chiffres de plaque 3995. Je réfléchis et je fais l’opération suivante : 5*9=45 restent 3945 puis 9-3=6 et j’obtiens 456 donc 15 points. Cela me fascine, ces chiffres bien rangés, ou mieux, bien semblables.
C’est pourquoi chaque jour qui passe me donne par sa traduction chiffrée une occasion de m’émerveiller. Récemment encore le 5/5/5 m’a envoûté. Quand j’étais jeune j’ai connu le 7/7/77, le 8/8/88, le 9/9/99 (qui a dit « vieux con » ?). Le jour du 1/1/1, j’ai organisé une fiesta terrible que tous ont pris pour un réveillon, les abrutis, et le 3/2/1, j’ai enfin dessoûlé de cette mémorable soirée. Le 2/2/2, au PMU j’ai acheté un rapido gagnant que j’ai aussitôt investi dans une tournée ce qui m’a amené une énorme plus-value d’amis de dix minutes.
Voici quelques exemples au hasard de cette corrélation que j’entretiens avec les chiffres et qui pour l’instant n’ont servi qu’à vous faire dire : « mais il a pas bientôt fini de nous briser les roupettes avec ses souvenirs de chiottes même pas vrais » car vous êtes grossiers. Ne niez pas, je commence à vous connaître.
Mon propos est ailleurs. Je sais depuis peu que cet intérêt que je supposais anodin est la marque terrible et inaltérable de mon destin. Ecoutez-moi tous et commencez à trembler car en vérité je vous le dis : « l’année prochaine, je vais fêter mon anniversaire. » Oh certes, je vous entends d’ici objecter, incrédules : « tu n’es pas le seul ». Bien sûr, mais j’ai une grande révélation à vous faire : l’année prochaine, j’aurais 36 ans le 6 juin 2006, le 6/6/6.
Esprits analytiques, docteurs kabbalistiques, vous avez compris : le 3 est le chiffre de la divinité, le 6 celui de l’imperfection diabolique, et le 666 celui de la Bête. Couvrez vos têtes de cendres, consumez vos pleurs et lacérez vos joues fraîches, car il est maintenant proche le jour de l’Armageddon (jamais su comment ça s’écrivait ce truc.) où la terre s’ouvrira sur des fleuves de flammes et de lave ,où les morts se relèveront de leurs tombes, où les ténèbres et la lumière se mêlant reformeront le Chaos initial, où les hordes de l’enfer envahiront le monde sous le commandement de ma nouvelle nature révélée : celle de l’Antéchrist, régnant en tyran sur une création dévastée.
Alors pour se faire bien voir en me donnant des sous, il vous reste un an. Guère plus.
18:30 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note