dimanche, 10 mai 2009

La pensée idiote du dimanche

7-les-vieux.jpgListe extrèmement courte d'un aphorisme plus ou moins idiot mains cependant remarquable par l'absolue évidence de son message.

 

Profitons de la vieillesse, ce n'est jamais que la seule chose qu'on obtienne sans payer ni travailler.

dimanche, 20 novembre 2005

Hiver 2054 - le retour de l'AbbéPierrator

Liste de raison pour lesquelles je n'ai pas écrit ces derniers temps laissant mes lecteurs dans un intense désespoir, mais j'espère que vous ne vous êtes pas tous suicidés, ça me ferait malice.

Il n’est plus temps de se voiler la face, les évènements récents l’ont prouvé : la situation est grave. Oh certes, nous avons encore le choix de détourner les yeux, nous pouvons chercher des boucs émissaires et des solutions simples, nous ne pouvons plus rester indifférents devant notre poste de télévision. L’hiver est là.

 

Les dentelles givrées des araignées ornent au matin les arbres des jardins. C’est très joli. En même temps, ça prouve qu’il y a des méchants crados dans le monde. Le thermomètre est si bas qu’on pourrait marcher dessus comme disait le poète couillon. Au matin, il nous faut gratter les vitres des automobiles pour partir au travail.

 

La majorité des humains a décidé de baisser les bras. Ils s’engoncent dans de lourds pulls en laine, ils se carapaçonnent de modernes fibres thermiques, c’est un festival de nez bleus et de nez coulants. Ils n’ont pas encore pris la mesure de l’hiver. L’hiver n’est pas une saison, l’hiver est une guerre surhumaine entre l’Univers avec un grand U et l’Homme avec une petite bite (ah ben oui c’est le froid).

 

Vaillamment je résiste, parce que je ne laisserai pas de telles forces me priver de ma planète à moi, que je paie des impôts dessus merde alors. Et si l’hiver n’est pas content qu’il retourne dans son pays, je lui ai pas demandé de venir après tout. Alors si je veux sortir en maillot de bain, je sortirai en maillot de bain et puis c’est tout.

 

En fait je prends plutôt exemple sur l’ours et la marmotte, animaux sages, et je somnole tranquillement en faisant un ou deux bras d’honneur à l’hiver ambiant et puis même tiens au temps qui passe. Donc la voilà mon excuse pour ne pas avoir posté depuis une semaine : j’hiberne.

 

Vous allez m’objecter que j’avais que ça à faire d’écrire puisque je ne sors pas de la maison. Je répondrais que si vous aviez fait des études plus poussées en animalogie, vous sauriez qu’afin de ne pas souiller leur antre, les plantigrades se collent au fondement un bouchon végétal afin de garder leurs sécrétions naturelles.

 

Personnellement, l’herbe tiens pas et j’ai mis un bouchon de champagne. J’ai du mal à m’asseoir devant l’ordinateur ces derniers temps.

 

vendredi, 21 octobre 2005

Et vous le matin, vous êtes thé ou pâté de foie ?

Liste de minutes habituelles qu’au matin je vis et que m’a obligé à mettre sur le papier Christian après avoir fait un superbe texte et ce dans l’intention évidente de m’humilier en me faisant sentir l’inanité de ma prose qui, entre nous soit dit, est tout de même un peu plus élégante que ma poésie(et sur la photo c'est moi mais rarement quand même).

  

Je ne voudrais pas faire mon original, mais moi, tous les matins, je me recouche. Mon travail ne commençant qu’aux alentours de huit heures vingt, le fait de se lever à six heures du matin ne me paraît guère judicieux. C’est un avis que je suis seul à partager dans mon couple.

 

 Tandis que j’essaie de me replonger dans le monde merveilleux des songes où mes moindres désirs sont assouvis par de fantastiques créatures (la plupart du temps des lutins tout verts), ma compagne est souvent d’humeur affectueuse. Avec un sens de la diplomatie qui n’appartient qu’à moi, je lui fait comprendre que « groumpf » car en vérité je vous le dis, le doux baiser du matin, il a une fâcheuse tendance à bien canarder de la gueule.

 

M’enroulant plus profondément au creux de la couette, et tandis que dans la cuisine l’on se livre à une savante alchimie culinaire, je comate doucement, à l’écoute de l’Ecole du Savoir, moment privilégié de culture qui m’échappe souvent car il me faut sacrifier à une inéluctable coutume : ma flatulence quotidienne.Qu’il est doux au matin de soulager son abdomen, tendu par tout un processus nocturne de digestion, empli de quelques litres de méthane, grâce  à un long, sonore, profond, vibrant et jubilatoire pet, mon Hiroshima familier. Sur mon visage froissé un sourire s’épanouit. Je me réveille. Il est six heures cinquante-neuf.

 

Vite je me lève car le bisou n’est pas loin qui viendrait m’inciter à émerger, bisou certes moins nauséabond, mais plus graisseux (c’est de la margarine). J’ai trois minutes. Passé ce délai, les portes-fenêtres s’ouvriront toutes grandes dans l’optique louable d’assainir l’atmosphère (oui d’accord, j’ai pété). Un vent glacé pénètrera la chambre et j’aurais les poils des fesses qui s’horripileront. J’ai trois minutes, montre en main, pour trouver un boxer propre (pas trop sale à tout le moins) et des chaussettes peu trouées.

 

Enfin, me voilà dans la salle de bains. La manifestation raide de ma virilité m’informe de l’urgence à procéder à une miction matinale : je n’hésite pas un instant et je m’empare de ma brosse à dents. La coloration jaunâtre de ma denture souligne le fait que j’ai longtemps considéré l’hygiène buccale comme un moment privilégié d’ennui, face à soi-même, s’astiquant les chailles sans enthousiasme. J’y ai pallié en lui alliant le pissou matinal, que je pratique assis, et la lecture de quatre pages de roman quelconque (ou très bien des fois) ce qui nous mène à trois minutes. Mon trois en un à moi.

 

Ensuite, je me récure, je me savonne, je me gante de crin, je me rosis, je me rince, quasiment d’humeur badine, et enfin je mets le doigt sur ce qui me tracassait depuis le début de la douche : comme tous les matins, j’ai oublié d’aller chercher ma serviette de bains, mise à sécher dans la chambre d’amis (oui ben la logique, c’est pas elle qui est située plein sud non plus). J’appelle, j’implore, je hurle, on m’extorque un bisou.

 

Plus que vingt minutes avant le départ, je n’ai plus le temps de déjeuner, juste celui d’avaler une gorgée d’eau et de me rendre au dressing, appelé aussi « bureau », pour choisir mon habillement : quel costume enfilerais-je ?  Quelle chemise repassée est-elle disponible et seyante ? Met-on une cravate à carreaux avec une chemise rayée ? Habit Rouge, ça se pchitte sur un costume gris anthracite ? C’est mon indispensable quart d’heure pétasse.

 

Au sortir, je jette un œil dans le psyché, j’ébouriffe les quelques cheveux qui me restent, je sens bon, j’ai l’haleine fraîche, tout est parfait…

 

J’ai juste oublié de me raser. D’un pas rageur j’agrippe ma sacoche et je sors de la maison en claquant la porte


 

Les quatrièmes ont pas intérêt à trop la ramener en première heure.

mercredi, 28 septembre 2005

Un train plein de SS.

Liste des raisons qui me poussent à ne pas oublier mon casque lourd quand j'utilise les services de la SNCF. 

 

 

Sceptique, cartésien et quadricapillosécuteur, j'ai une forte tendance à me méfier des généralités dans tous les domaines et notamment dans celui des transports. Par exemple, en général l'avion vole, c'est pourquoi je ne le prends pas et l'actualité me donne raison. Du moins c'est l'une des raisons, les suivantes étant le manque d'argent, l'absence assourdissante d'aéroport dans mes environs immédiat et le néant total d'endroits où partir alors qu'on est si bien chez soi à regarder les voitures du garage Peugeot en face. En général l'avion vole, donc je prends le train. Raisonnement implacable.

 

 

 

Je ne prends pas le TGV, bien entendu, puisqu'il s'agit d'une sorte d'avion sans ailes qui chanterait toute la nuit...Pouf pouf. Je ne prends pas le TGV, bien entendu, puisqu'il s'agit d'un sorte d'avion sans ailes qui, en général, ne vole pas, mais on ne sait jamais. De plus, il faut, pour emprunter ce fleuron de la technologie ferroviaire française, faire une réservation et après si un gros con qui pue de l'oignon vient s'asseoir à côté de toi éh ben t'as pas le droit de changer de place c'est puni par la justice, donnez-moi votre carnet, vous me ferez deux heures de colle. Donc je prends le TER, appellation snobinarde pour "tape-cul", qui en général roule, comme quoi vous voyez bien que j'ai raison de me méfier des généralités.

 

 

 

Dans ces transports en commun, il me vient souvent à l'idée que le monde est mal fait (en général, hein. Ca marche pas pour moi.).  En effet, le luxueux TGV comporte des places assez larges finalement, et vos voisins de wagon vous tournant ostensiblement le dos, l'atmosphère y reste feutrée et de bon aloi. Le TER, lui, vous offre l'assise de banquettes montées sur ressorts pointus qui se font face. Et c'est la que je dis qu'il serait raisonnable d'obliger les gens qui prennent ces trains de faire une réservation, car quitte à voyager en ayant trois voisins directs, on devrait nous laisser le loisir de les choisir.

 

 

 

Les gens qui prennent le TER sont en général insupportables. Soit ils se taisent et font semblant de vous ignorer, soit ils disent des conneries. Soit ils tirent une tronche de trois pieds de long, soit ils rigolent comme des abrutis. Soit ils puent la sueur, soit ils sentent la cocotte. Et s'il n'y avait que ça. Mais regardez-les ces vicieux, ces sagouins au perfide regard quand ils s'asseyent. Au début tout va bien puis les cahots aidant, l'avachissement leur permet d'ourdir leur complot rotulesque. Car c'est bien lui, cet infime os triangulaire, qui insidieusement vient toucher votre jambe, puis progressant sournoisement s’introduit en direction de votre entrecuisse, vous obligeant à une retraite digne et discrète mais néanmoins humiliante.

 

 

Doucement, traîtreusement, à couvert, l’ennemi vous prive de votre espace. Il circonscrit votre territoire, il vous envahit les Sudettes du genou, il vous prive de votre Lebensraum ! Et voilà ! Vous pensiez faire Montereau-Rungis en une heure et vous vous retrouvez assis en face d’Hitler ! Encore une fois ! C’est pourquoi, de nouveau, et avec une ferme énergie (si, ma copine me l’a dit ce matin) je m’élève contre la gabegie qui fait qu’un service de la République accueille en son sein des ennemis de la Démocratie.

 

 

Villepin démission !

 

 

Rangez vos affaires, au prochain cours nous apprendrons à savoir comment on reconnaît un nazi dans une voiture.

 

 

dimanche, 11 septembre 2005

Le train-train pas quotidien.

Liste de faits qui montrent que quoi qu'on puisse en penser, SNCF c'est possible.

 

 

 

Pourtant je ne suis pas prude, mais la SNCF a dépassé les bornes. Ou plutôt les bornes de la SNCF m’ont dépassé pas plus tard que tout de suite en arrière, et je suis sous le choc (ce dont mon style habituellement fluide et alerte se ressent sérieusement).

 

Je ne suis pas prude donc. Je me trimballe volontiers la bite à la main dans les soirées amicales (en soirée, un ami est une personne que je connais depuis plus de cinq minutes), instrument dont je suis d’ailleurs assez virtuose puisque je suis capable d’interpréter en public une ligne de basse de blues en mi (ce qui est assez douloureux sur la dixième mesure car il faut bien tirer dessus).  Ainsi, je mets souvent les pieds dans le plat, voire la quique dans certains cas extrêmes (après ce paragraphe, je casse la gueule au premier qui me dit que je ne m’intéresse qu’à mon nombril).

 

De même, je n’hésite jamais à draguer la première fille avenante passant à ma portée (ou plutôt à la portée de ma main, ce qui provoque souvent une volte-face subite qui me permet de rompre la glace par un jovial « vous, vous êtes une fille, je me trompe ? ». Quelquefois, je vois bien qu’un sourire est prêt à pointer, juste avant que je me mange une mandale). Comme vous le voyez, je ne suis pas prude : je préfère quand la Belle au Bois Dormant est en porte-jarretelles et mon cheval blanc est au garage depuis 1990.

 

Cet indigeste incipit pour vous convaincre que je suis parfaitement adapté à cette époque de débauches. Mais dans ce flot incessant de nudités extrêmes, de nombrils agressifs, de strings ostensibles, la dernière frasque de la SNCF, rempart de la République, m’a choqué.

 

Aujourd’hui j’ai pris le train (oui, ben si vous voulez des histoires de mec qui prend l’avion, allez sur le blog du MEDEF), un train régional moche-tape-cul-qui-pue et dont l’unique qualité est de m’avoir réservé le voisinage D’UNE JEUNE FILLE D’UNE TRES GRANDE BEAUTE. (j’écris en capitales au cas où elle lirait, et comme les toilettes sont libres et assez spacieuses…) Mais je m’égare, bien que parlant de train.

 

L’anecdote eut lieu dans la gare, tandis que, ticket en main, je m’apprêtais à le composter dans l’appareil idoine. Nonchalamment, j’introduisis l’extrémité de mon titre de transport dans la fente prévue à cet effet. Soudain, absolument rien ne se passa, sinon l’affichage d’un message incongru :  « retirez et introduisez plus rapidement »

 

Un frisson glacé me parcourut l’échine et je ne sus plus quoi faire. Si je n’obéissais pas, quel message me serait-il donné de lire ? « Mets-le plus profond » ? « Vas-y bourre-moi plus fort » ? Et quand bien même j’obtempèrerais, le lubrique appareil oserait-il un :  « Je le sens bien ton gros billet »  ou un « C’est bon de me prendre par le train, hein, vicieux » ?

 

Je vous le dis comme je le pense : céder aux sirènes de ce temps de mœurs incertaines est indigne d’une entreprise de service public.

 

 

Villepin démission !

mercredi, 24 août 2005

Je veux pas y aller !!!

Liste des symptômes normaux chez l'enfant en ce moment et donc propre à rassurer les parents soucieux de la santé de leur bambins (feriez mieux de pas leur donner des bonbons à tous les repas.).

 

 

C'est la semaine de l'angoisse. Pauvres parents, réveillés au beau milieu de la nuit par les cris de peur du petit qui vient de cauchemarder, obligés de rester à ses côtés jusqu'aux prémices de l'aube pour le rassurer, je compatis. Je vous soutiens. Mais c'est la semaine de l'angoisse. La terrible semaine qui précède la rentrée.

 

A l'horizon, l'inconnu d'un nouvel environnement, au présent, dans les songes des marmots les péripéties les plus improbables défilent, malfaisantes et cyniques. Le petit Kévin se rêve la cible de cruels lazzis et, stupéfait découvre qu'il est venu en classe chaussé de pantoufles : il sait que son seul ami cette année ce sera le prof qui sent mauvais dans la bouche. Paméla-Rose, elle, s'est réveillée en sursaut, dégoulinante de sueur, après qu'elle eut constaté que son cartable ne contenait que ses affaires de plage et qu'elle ne pouvait suivre le cours de la Mère Tapedur. Enfin, Jesse-James* a pleuré sa mère toute la nuit parce que dans son cauchemar, il était le seul à ne pas avoir fait le devoir de japonais qu'on demandait pour la rentrée et que commencer l'année par huit heures de colle tous les mercredis, c'est pas chouette, ah ça non alors.

 

Et bien il faut croire que l'école conserve. Je fais ma rentrée en avance cette année. Et je vais vous apporter la preuve que ces vilains rêves ne sont pas le fruit d'une sensibilité exagérée, d'un manque affectif, ou d'une mauvaise image de soi. Non, c'est la faute à l'école. La veille de la rentrée, on fait un cauchemar, c'est comme ça, et bien que mon blog ne soit pas un blog érotique, vous y ouïrez néanmoins (je participe au concours du style le plus affligeant, vous inquiétez pas.) le récit de mes derniers souvenirs noctambules.

 

En voyage chez Morphée, je me trouvais donc plongé dans l'ambiance survoltée d'un concert, et pas des moindres, puisqu'il s'agissait du retour tant espéré de Dorothée sur scène. Les spotlights, les neonlights, les sunlights, les flashlights, toutes les lights enfin retouchaient l'obscurité de leurs pinceaux de lumière hystériques (je fais aussi le concours de l'image poétique la plus improbable.). Sur la scène, tandis que l'orchestre jouait piano, une poursuite vint se fixer brutalement sur un pied où trônait une superbe Stratocaster bleue.

 

Descendant des cintres, une voix, lourde comme une très gros morceau de plomb (et le concours de la comparaison la plus inadéquate, j'avais failli oublier.) - certainement celle qu'utilisa Dieu pour ordonner à Abraham de lui sacrifier son fils unique (avant de raccrocher, parce que c'était une tellement bonne blague que le Fils Et le Saint-Esprit étaient pétés de rire.)- une voix d'outre-Ciel nous annonça: " Et maintenant, mesdames et messieurs, pour le première fois sur scène. Il nous fait l'honneur de tenir la guitare solo de Dorothée. Un triomphe s'il vous plaît pour Môôôssieur PhiLLIIIPE DOUSTE-BLAZY !!!"

 

Gainé de cuir, il est monté sur scène, a plaqué un énorme accord sur la strato, distors au max, pédale wawa hystérique, faisant hurler la foule.

 

 C'était l'intro de "Allô Allô, Monsieur l'Ordinateur."

 

La semaine de l'angoisse je vous dis.

 

 

[*authentique]

mercredi, 15 juin 2005

Un diamant gros comme le Formule Un.

Liste des raisons pour lesquelles je ne vais pas tarder à être imprimé sur les billet de sept euros cinquante.





Il y a Pierre et Marie Curie. Il y avait aussi Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre, Louis Aragon et Elsa Triollet. Il y a enfin David et Cathy Guetta. Tous brillent au firmament des couples immortels, car vous avez remarqué, lecteur, avec la sagacité qui vous caractérise, qu’il s’agit de couples. Mais pourquoi ? Pourquoi eux et pas d’autres. Ont-ils ressenti en étreintes passionnées des sentiments plus fort que le reste de l’humanité ? Non, ils partageaient simplement la même passion qu’ils ont menée à son terme.

Les Curie avaient la même féroce volonté de frapper à bras raccourcis sur des morceaux de métaux pour les réduire en miettes, et ceci dans le but de voir si cela rendait bien les gens phosphorescents. Sartre et Beauvoir partageaient un amour immense du peuple, de l’engagement et du camarade Mao. Aragon et Elsa admiraient avec un ensemble admirable… Elsa. Enfin, David et Cathy, ermites de la nuit, collectionnent les encéphalogrammes plats et les dents qui brillent.

Personnellement soucieux de ma postérité, j’eusse aimé comme eux partager avec Machine, ci-devant moitié de mon couple, une forte et belle passion. Las, nous n’avons en commun que peu de violons d’Ingres. Elle est autant littéraire que je suis scientifique, autant posée que je suis joueur, autant fan des serial-killers que je le suis des gourous de secte, autant urbaine que je suis rural, autant urbaine que je suis grognon (ah ah, comme je vous ai eu sur le coup.). Bref je me faisais un sang d’encre, doutant que les écoliers ânonnent jamais mes exploits devant un parterre de coreligionnaires endormis.

Puis vint ce jour où, rentrant harassé d’une dure journée de labeur au cours de laquelle j’avais décervelé une bonne soixantaine de gosses, je la trouvais, sa silhouette courbée sur la table du salon, s’adonnant à une pratique occulte que j’ignorais. Devant elle, brillant de mille feux, s’alignaient des éprouvettes aux couleurs diverses et chatoyante, un orgue à lumières sous la lampe de la salle. In petto, je pensai : « Oh non, pas encore ce genre de dessert. »

Mais je remarquai soudain que s’échappaient desdites éprouvettes des perles aux formes et tailles diverses, le fin du fin de chez Ikea, un monde de meugnonnerie schtroumfique. Et elle, au beau milieu de cet univers, de ses petites mains agiles, enfilait sur un fil de pêche (goujon, grand maximum) les minuscules bouts de verre : rondes, rocaille et toupies, et ce dans le but évident de confectionner des bagues au cabochon imposant et au goût légèrement douteux.

Elle qui était une pure intellectuelle se métamorphosait en artisane joaillière ; elle devenait la Cliff & Van Arpeels des nains de jardin, enchaînant avec un enthousiasme débordant la mise au point de bijoux de strass et de verre. Elle les fait, les défait, les photographie, les offre.

Et puis, il y a un mois, tandis que je me consacrais à un travail du plus haut intérêt pour l’humanité (je massacrais à grand coup de voiture une horde d’escargots sauvages.), un cri s’éleva du plus profond de son antre alchimique (le salon, donc.) : « Eurédmie » (ses notions de grec sont approximatives et elle est toujours en retard.) Et elle me cria une nouvelle d’importance : « Je suis un génie ».

Bien qu’accordant une foi aveugle dans ses dires (la confiance est le ciment du couple, ou au moins du crépi.), je dois avouer que je restai légèrement dubitatif. Je m’enquerrai donc du pourquoi de ce bruyant enthousiasme, et elle me tendit avec un éclair de triomphe dans le regard un bijou protéiforme et spectaculaire : «C’est moi que je l’ai inventé. Tout seul. » Avant que je lui répondisse que je n’en doutais en aucune façon, elle ajouta, dégoulinante de fierté : « Je suis un génie de la perle. »

Mes yeux s’écarquillèrent et je sus alors que nous avions pénétré le cercle fermé des couples légendaires car je suis aussi un génie de la perle. Tandis qu’elle les enfile je les lâche. Le matin.

C’est relativement très insupportable une telle osmose.

jeudi, 12 mai 2005

Je ne suis pas n'importe qui, savez-vous ?

Liste de chiffres significatifs qui ont décidé de mon sort à l'insu de ma propre volonté et peuvent revêtir un aspect effrayant pour l'humanité, mais continuez à espérer tout de même.



Quand je m’ennuie en voiture, j’ai un jeu simple et qui me permet de garder les yeux sur la route : j’essaie avec les chiffres de la plaque de l’automobile qui me précéde d’arriver à deux, trois chiffres semblable ou une suite de chiffres consécutifs en utilisant des opérations de base non-consécutives. On dirait de l’Einstein comme ça mais je vous donne un exemple : ma voiture a pour chiffres de plaque 3995. Je réfléchis et je fais l’opération suivante : 5*9=45 restent 3945 puis 9-3=6 et j’obtiens 456 donc 15 points. Cela me fascine, ces chiffres bien rangés, ou mieux, bien semblables.

C’est pourquoi chaque jour qui passe me donne par sa traduction chiffrée une occasion de m’émerveiller. Récemment encore le 5/5/5 m’a envoûté. Quand j’étais jeune j’ai connu le 7/7/77, le 8/8/88, le 9/9/99 (qui a dit « vieux con » ?). Le jour du 1/1/1, j’ai organisé une fiesta terrible que tous ont pris pour un réveillon, les abrutis, et le 3/2/1, j’ai enfin dessoûlé de cette mémorable soirée. Le 2/2/2, au PMU j’ai acheté un rapido gagnant que j’ai aussitôt investi dans une tournée ce qui m’a amené une énorme plus-value d’amis de dix minutes.

Voici quelques exemples au hasard de cette corrélation que j’entretiens avec les chiffres et qui pour l’instant n’ont servi qu’à vous faire dire : « mais il a pas bientôt fini de nous briser les roupettes avec ses souvenirs de chiottes même pas vrais » car vous êtes grossiers. Ne niez pas, je commence à vous connaître.

Mon propos est ailleurs. Je sais depuis peu que cet intérêt que je supposais anodin est la marque terrible et inaltérable de mon destin. Ecoutez-moi tous et commencez à trembler car en vérité je vous le dis : « l’année prochaine, je vais fêter mon anniversaire. » Oh certes, je vous entends d’ici objecter, incrédules : « tu n’es pas le seul ». Bien sûr, mais j’ai une grande révélation à vous faire : l’année prochaine, j’aurais 36 ans le 6 juin 2006, le 6/6/6.

Esprits analytiques, docteurs kabbalistiques, vous avez compris : le 3 est le chiffre de la divinité, le 6 celui de l’imperfection diabolique, et le 666 celui de la Bête. Couvrez vos têtes de cendres, consumez vos pleurs et lacérez vos joues fraîches, car il est maintenant proche le jour de l’Armageddon (jamais su comment ça s’écrivait ce truc.) où la terre s’ouvrira sur des fleuves de flammes et de lave ,où les morts se relèveront de leurs tombes, où les ténèbres et la lumière se mêlant reformeront le Chaos initial, où les hordes de l’enfer envahiront le monde sous le commandement de ma nouvelle nature révélée : celle de l’Antéchrist, régnant en tyran sur une création dévastée.

Alors pour se faire bien voir en me donnant des sous, il vous reste un an. Guère plus.

samedi, 07 mai 2005

I am the love machine.

Liste des machins convenus et abominablement banals que l’on fait par amour et qui ne valent pas ce que moi je pense de l’acte amoureux (sans vouloir me vanter.).



J’ai découvert le secret de l’amour véritable.

« Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». Voilà une phrase digne du meilleur dictionnaire de citations que pourra jamais faire Bernard Pivot, une pensée profonde incise dans un énoncé accrocheur et définitif : un rêve de publicitaire. C’est, n’en doutons pas, un cri de ralliement qui rassemblera dans un même élan tous les fleuristes, bijoutiers et parfumeurs de France, du monde voire de l’univers. Comme Harpagon voulait faire inscrire en lettres d’or : « il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. », les galeries marchandes écriront en arabesques de néon : « il n’y a pas d’amours, il n’y a que des preuves d’amour, et elles sont en promotion dans nos rayons. »

Car enfin, comment savoir que votre partenaire vous aime ? Si vous êtes un garçon, la preuve est simple à trouver : elle baise ? elle m’aime. Brisons-là et cessons de nous occuper de ce sexe fréquentant trop peu le raffinement et la délicatesse dans le domaine sentimental, à moins qu’il n’ait une furieuse envie de faire l’amour. Car il faut que vous le sachiez mesdames, plus un garçon est romantique, plus il a les couilles pleines, douloureux trop-plein qui fait perler à nos paupières le soupçon de larme qui vous enchante.

Par contre si nous voulons prouver notre amour à une femme, les expédients sont plus nombreux, bien qu’ils soient tout autant convenus. Il y a d’abord le bouquet de fleurs, apporté bien sûr à l’improviste, pour rien (tu parles, ça fait une semaine qu’il reluque la petite aide du fleuriste) mettant en valeur un amour si fort qu’il s’impose dans la rue, au boulot, dans le bus.

Il y a le bijou ou le parfum, onéreux et délicats, qui s’imposent en des occasions exceptionnelles. Bien entendu, le bijou est préférable, non pas parce que « diamonds are a girl best friend », mais parce qu’un parfum offert, on va en bouffer tous les matins pendant plusieurs mois.

Il y a ensuite le tête-à-tête romantique, chandelles en tête de gondole, Clayderman en arrière-salle, avec saumon en entrée, saumon en plat principal, en fromage et en dessert, le tout arrosé d’un fameux mousseux. D’accord ce n’est guère raffiné, mais c’est assez économique pour réitérer la chose à l’envi. Enfin, il y a le voyage impromptu pour ceux qui ont de l’argent. Salauds de riches.

Et puis, il y a LA preuve, la preuve ultime, l’immense et universelle preuve d’amour, le cadeau grandiose qui vous unira à jamais à celle que vous bais… Que vous aimez, pardon. Cette preuve, je l’ai trouvée hier soir en me couchant tandis que je me collais à ma compagne (on ne met plus le chauffage dans la chambre). J’irai l’acheter la semaine prochaine, dès que j’aurais trouvé le magasin de vêtements adéquat : cela ne coûtera pas si cher et il ne pourra y avoir plus évidente manifestation de mon affection. J’imagine par avance son regard émerveillé quand elle ouvrira le cadeau, son sourire tandis que ses doigts estimeront la qualité du tissu, et le soir, quand nous nous coucherons ensemble dans le même pantalon de pyjama taille 60, elle saura que je l’aime.

vendredi, 29 avril 2005

Excusez-moi, je viens vous protéger.

Listes des différentes raisons pour lesquelles les gardiens de la paix raseraient les murs dans une ville où la terreur ne règne pas franchement.

Il faut savoir redécouvrir le plaisir de flâner le nez au vent dans la ville. Au cours de ces instants rares dans une petite ville ne connaissant pas de problèmes de stationnement, où l’on se rend d’un point à l’autre à pied, une nécessité s’impose de ne pas se laisser aller à la rêverie, ni de foncer tête baissée jusqu’au but de notre pérégrination. D’abord parce qu’il s’agit du meilleur moyen de se tartiner la semelle d’une déjection traîtresse, et ensuite parce que flâner ce n’est pas ça. Le flâneur peut sembler distrait, mais il ne l’est pas, bien au contraire, si son œil se perd au coin de l’orbite, si sa tête se tourne à tribord ou à bâbord, c’est qu’il a été sollicité par un fait, une odeur, une action, une chute de rein.

Une flânerie bien menée doit toujours être productive de souvenirs, quels qu’ils soient : une rencontre insolite, la date et l’objet d’une sortie potentielle, une chute de rein abordable. Aujourd’hui, le promeneur de chez nous aurait pu constater, si tant est que l’horaire et le lieu correspondissent, la présence d’une voiture de police. Rien d’étonnant ? Et bien sachez que cette voiture de police était en mission, le gyrophare clignotant avec enthousiasme. Eh quoi, serait-ce donc tout ? Ah lecteur dubitatif, vous avez tort de tant me décrier, car enfin, l’acmé de l’anecdote est que, bien qu’étant visiblement en mission, cette automobile ne fendait guère la bise et qu’il ne s’échappait de sa sirène qu’un léger ululement aigu. Vous le savez comme moi, un klaxon de police passant à proximité vous transforme, tout citoyen avide d’ordre que vous êtes, en dangereux anarchiste tant elle vous blesse le tympan.

Ici, rien de tout cela, c’est à peine si l’on tournait la tête à son approche, on aurait dit une sirène de pacotille, l’égale de cette carte que nous glissions dans les rayons des roues de nos vélos, nous donnant l’impression que nous conduisions un gros cube (pardon, une grosse chute de rein). L’événement me stupéfia. Pour quelle raison, nos chers sheriffs faisaient-ils preuve de tant de discrétion ?

Peut-être s’agissait-il d’une escouade de gardiens de la paix timides, qui rougissaient à l’intérieur de leur patrouilleur avec l’intime conviction qu’ils dérangeaient leurs contemporains.

Ou alors leur conviction avait été émoussée par le but de leur intervention : le cambriolage d’un receleur, l’agression d’un violeur, un accident entre un tricycle et une patinette, une manifestation d’agoraphobes…

Sinon, il est possible que les braves pandores fussent des citoyens responsables et désireux d’économiser l’argent du contribuable et de préserver la coche d’ozone par un tel artifice.

Enfin, la mission qu’ils exécutaient revêtait peut-être un aspect secret qui explique cette discrétion, James Bond se trouvant à la place du mort dans la Scénic blanche à parements tricolores.

Il me semble que cette question va longtemps me hanter. Les rares fois où j’ai eu l’occasion de mettre en route une sirène de police (c’était pour aller à la piscine avec M. qui était chauffeur à la préfecture.), j’ai mis le volume à fond et mon comparse roulait comme un dingue en rigolant bêtement. Bon sang, quand on a l’occasion de faire du foin, d’être différent de ses contemporains, on en profite.

Cela ne me rend guère optimiste quant au devenir de notre société. Une civilisation dans laquelle les policiers ne veulent plus déranger les gens est une civilisation qui fonce droit vers sa chute (de rein), les populations saines ayant nettement plus peur de la police que l’inverse. Non mais.

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