lundi, 19 septembre 2005

C'est un cheveu blanc ? Non, c'est un poil de cul.

Listes de ratiocinations d'un vieux con mais comme ça se finit bien tout le monde me pardonnera (et sinon c'est ma main dans la gueule)

 

 

 

 

La vie est une traîtrise. Non pas une traîtresse car alors son aspect animée serait évident et un simple coup de saton dans sa sale gueule eût suffit à ce que nous nous vengeassions. La vie est une traîtrise, inerte, inévitable, terrible.

 

 

Voilà ce que mon âge m’a fait accepter bien malgré moi cette dernière minute. Car enfin, je suis venu au monde, enfant innocent, avec une infinie soif de découverte. Mes grands yeux d’améthyste (si c’est vrai) se sont ouverts avec confiance sur le monde environnant, j’ai vu qu’il était beau et j’ai voulu y vivre. On n’est pas sérieux quand on a dix-huit mois. On se croit immortel, trente ans, qu’est-ce que cela trente ans ? J’ai si peu vécu et déjà je connais des merveilles en cascade, je m’en repais chaque jour. Trente ans c’est le bout du monde, c’est un horizon si lointain qu’il est difficile de l’appréhender et je suis immortel.

 

 

Et trente ans passèrent. La Laguna supplanta la solide R16, l’accession à la propriété s’imposa comme une évidence et les tomates se firent moins savoureuses. De la fierté de pouvoir suivre une conversation à la table des adultes aux repas familiaux, je suis passé à la joie d’arriver à en tenir une autre à la table des ados.

 

 

Trente ans passèrent et j’ai appris certaines lois nécessaires de notre existence, en théorèmes inébranlables, à savoir que : plus le temps passe, moins les cheveux repoussent ; au fil des ans la peau s’étiole ; si l’on ne grandit plus en longueur, la largeur fait bien l’affaire…

 

 

Trente ans perdus parce que le temps ne se conserve pas dans les albums-photos.

 

 

Excusez-moi si ce soir je suis un peu nostalgique. Mais en me curant le nez, j’ai recueilli un poil blanc.

 

 

Déjà, la mort me fait signe.

samedi, 17 septembre 2005

A table les enfants.

Liste de textes que j'ai écrit sur commande et ça tombe bien parce que j'ai rien à dire.

Je l’aimais déjà pour ses textes et pour son bon goût (elle fut une des premières à me linker, c’est dire), maintenant je la révère humblement : Jazz m’a sauver. Je vais lui ériger une statue en pâte à sel. Alors que je me débattais entre une demi-douzaine de notes qui ne veulent pas venir, elle m’a lancé un petit défi et m'a donné à écrire: Citez cinq aliments, plats ou autres, qui ont fait partie de votre enfance, et qui vous manquent, parfois, quand la nostalgie vous prend... Ca tombe bien la nostalgie. Quand je suis heureux comme pour l’instant, je n’ai pas le cœur à rire. Le futur ne peut m’apporter que du pire. Donc je me lance, et merci ma belle.


 

Chez Mamie c’est sombre, parce que la maison est dans une rue en pente et qu’elle donne sur le nord-est. Il fait toujours frais et calme. Mamie, elle était domestique, cuisinière alors, quand on est invité  on a le droit au dessert des jours de fêtes. C’est un gâteau au chocolat. Elle le ramène de sa grande cuisine dans le petit salon. Les enfants sont assis près de la fenêtre, on se tient tranquille parce qu’on regarde la vitrine dans laquelle il y a tout un tas de souvenirs d’endroits où elle n’est pas allé. Le gâteau est toujours croquant dehors, fondant dedans et pour bien l’apprécier, il faut en prendre de grandes bouchées. A la fin du repas, Mamie chantera sûrement « je sais une église au fond d’un hameau » et sa vieille voix nous tirera une larme dans la pénombre du salon.

 

D’ailleurs, il faut toujours manger  à l’ombre. En Grèce il fait toujours clair, alors on attend que la nuit soit tombée pour sortir manger. Les bouis-bouis puent l’huile, ça bavarde et ça crie, tout en schpountz. On n’y comprend rien. La table est sale, et notre menu est depuis longtemps trouvé, on n’en change pas pendant un mois : tiropita pour tout le monde. On nous apporte, fumante, une galette dorée en pâte feuilletée, fourrée au fromage, juste sortie de la friture.  On mange, on est repu, il est tard, on est fatigué, c’est à ce moment que les mots qui tournent dans le restaurant deviennent si étrangers que j’ai l’impression de les comprendre. Et je me dis que ces grecs, ils en disent des conneries.

 

La Méditerranée, c’était un des points communs de mes parents. Maman vient du Sud, elle a passé les montagnes du Forez et de la Madeleine avec ses provisions habituelles. C’est pourquoi notre maison a sûrement été une des premières de la région à manger des ravioles de Romans. C’est bon les ravioles, moins lourd et moins gras que les raviolis. Et puis surtout il faut deux assiettes chacun pour les manger. La bachasse d’eau bouillante est amenée sur la table. Nous avons tous recouvert notre assiette d’une autre, renversée. C’est sur celle-ci qu’on pose les plaques de ravioles juste extraites de la casserole, pour qu’elles s’égouttent. On attend. Et puis soudain, on voit qu’elles sont à point : pas sèches, mais sans jus. Les ravioles, ce sont les seules   pâtes que l’on chasse.

 

Et puis le sud, on y retournait pour Noël, chez les cousins, dans la Drôme. C’était un repas traditionnel : gratin de morue et cardons à la crème. Les cardes, c’est à la maison qu’on les faisait pousser. A l’automne, papa les avait bien calfeutrés. Il avait mis de la paille au pied, puis il les avait habillés de papier journal et avait serré le tout en un petit manteau avec de la ficelle de lieuse. A la coupe, ils sont plus grands que moi. On met presqu’une journée à les éplucher.

 

Pendant longtemps, Noël a été le seul repas où j’ai mangé du foie gras. On en servait entre cinq cents grammes et un kilo. Ca dépendait des années, ça dépendait du canard. On achète les canards et on les tire au sort et puis chacun des amis présents prépare le sien. Il faut bien aiguiser son couteau. On incise la peau et la graisse le long du bréchet, puis on descend en Y en suivant les côtes. Arrivé à l’anus, il faut bien faire attention à en faire le tour sans abîmer les boyaux. Décollez la peau. Prenez la cisaille. Coupez les côtes avec application, sans toucher au foie. Enrobez- le de vos mains par-dessus. Du dos de la main, écartez la cage thoracique. Sortez la pièce délicatement. Lavez-la. Soyez content. Et quand arrive l’heure du mâchon, parlez de la façon dont vous allez le préparer. Rigolez un coup, parce qu’à cette évocation, le saucisson a meilleur goût.

 

Je vais passer la patate chaude.

A Largentula, en manière de ping-pong.

A Cécile, parce que.

A  STV parce qu’il est en plein dans le thème.

A  Christian si il promet de ne parler que de la cantoche.

A Domrod pour voir si il est capable de me faire ça en dessins (sinon c’est pas grave).

 

Merde tiens. Je l’aurais bien passé à tout le monde.

Pour remonter le questionnaire :
1 - Ptitesmagies
2 - Le magic journal d'Oznej
3 - Racontars
4 - Le blog dans la salle de bains

5 – Les listes du barbare

 

mercredi, 14 septembre 2005

Dans mon agenda quand j'en tiens un.

Liste de fantasmes nouveaux, tout du moins pour moi et qui concernent le sexe mais en fait je trouve que je suis plutôt poli dans la note.

 

 

 

Je vais monter  à Paris et je vais tromper ma compagne. Ce matin, je le lui ai dit : « je vais monter à Paris et je vais te tromper. » Sa réaction a été terrible, elle a hurlé à mon endroit qu’on  était pas si riche que ça, que si je voulais la tromper j’avais qu’à faire ça près de la maison, plutôt que d’avoir le train à payer, et caetera, et caetera, bref ça a fait un scandale.

 

Cette envie subite m’est venue tandis que j’attendais un ami à la terrasse d’un café qu’il avait qualifié « d’un peu bo-bo » mais qui sentait bon le propre sur soi, les pages saumon et dont je n’hésiterais pas à dire qu’il était « prout-ma-chère » (la langue française est d’une nuance incroyable). La jolie bourgeoise y affluait en masse, gainée de stretch, le teint frais et le visage figé dans cette expression trompeuse d’absolue neutralité qui a fait naître mon fantasme.

 

Contre tous ceux qui affirment que la lutte des classes n’existe plus, je maintiens qu’il suffit de se faire toiser par une de ces femmes pour comprendre le marxisme. En effet, la bourgeoise fait mon admiration par sa capacité à irradier le quant à soi, cette conviction naturelle qu’elle peut regarder les autres de haut. Et ce sans mépris ni vulgarité. Cette retenue rend les œillades discrètes et les coups d’œil en coin furieusement excitants. (et c’est logique, comme je dis à mes élèves qui demandent à aller aux toilettes pendant le cours :  « restez assis, ça sera meilleur tout à l’heure »)

 

Et moi, balourd provincial, face à ce rassemblement de poupées jolies et polies, je ne pus m’empêcher de penser à l’expérience que je pourrais vivre avec l’une d’elle au lit. Ah ! Que l’une de ces femmes discrètes, qui n’aurait voulu pour rien au monde lâcher un « flûte » d’énervement en société, se déchaîne en m’hurlant à la figure :  « Vas-y prends-moi dans les fesses, dis moi que je suis ta chienne. »...

 

Quel pied !

 

dimanche, 11 septembre 2005

Le train-train pas quotidien.

Liste de faits qui montrent que quoi qu'on puisse en penser, SNCF c'est possible.

 

 

 

Pourtant je ne suis pas prude, mais la SNCF a dépassé les bornes. Ou plutôt les bornes de la SNCF m’ont dépassé pas plus tard que tout de suite en arrière, et je suis sous le choc (ce dont mon style habituellement fluide et alerte se ressent sérieusement).

 

Je ne suis pas prude donc. Je me trimballe volontiers la bite à la main dans les soirées amicales (en soirée, un ami est une personne que je connais depuis plus de cinq minutes), instrument dont je suis d’ailleurs assez virtuose puisque je suis capable d’interpréter en public une ligne de basse de blues en mi (ce qui est assez douloureux sur la dixième mesure car il faut bien tirer dessus).  Ainsi, je mets souvent les pieds dans le plat, voire la quique dans certains cas extrêmes (après ce paragraphe, je casse la gueule au premier qui me dit que je ne m’intéresse qu’à mon nombril).

 

De même, je n’hésite jamais à draguer la première fille avenante passant à ma portée (ou plutôt à la portée de ma main, ce qui provoque souvent une volte-face subite qui me permet de rompre la glace par un jovial « vous, vous êtes une fille, je me trompe ? ». Quelquefois, je vois bien qu’un sourire est prêt à pointer, juste avant que je me mange une mandale). Comme vous le voyez, je ne suis pas prude : je préfère quand la Belle au Bois Dormant est en porte-jarretelles et mon cheval blanc est au garage depuis 1990.

 

Cet indigeste incipit pour vous convaincre que je suis parfaitement adapté à cette époque de débauches. Mais dans ce flot incessant de nudités extrêmes, de nombrils agressifs, de strings ostensibles, la dernière frasque de la SNCF, rempart de la République, m’a choqué.

 

Aujourd’hui j’ai pris le train (oui, ben si vous voulez des histoires de mec qui prend l’avion, allez sur le blog du MEDEF), un train régional moche-tape-cul-qui-pue et dont l’unique qualité est de m’avoir réservé le voisinage D’UNE JEUNE FILLE D’UNE TRES GRANDE BEAUTE. (j’écris en capitales au cas où elle lirait, et comme les toilettes sont libres et assez spacieuses…) Mais je m’égare, bien que parlant de train.

 

L’anecdote eut lieu dans la gare, tandis que, ticket en main, je m’apprêtais à le composter dans l’appareil idoine. Nonchalamment, j’introduisis l’extrémité de mon titre de transport dans la fente prévue à cet effet. Soudain, absolument rien ne se passa, sinon l’affichage d’un message incongru :  « retirez et introduisez plus rapidement »

 

Un frisson glacé me parcourut l’échine et je ne sus plus quoi faire. Si je n’obéissais pas, quel message me serait-il donné de lire ? « Mets-le plus profond » ? « Vas-y bourre-moi plus fort » ? Et quand bien même j’obtempèrerais, le lubrique appareil oserait-il un :  « Je le sens bien ton gros billet »  ou un « C’est bon de me prendre par le train, hein, vicieux » ?

 

Je vous le dis comme je le pense : céder aux sirènes de ce temps de mœurs incertaines est indigne d’une entreprise de service public.

 

 

Villepin démission !

lundi, 05 septembre 2005

Non se ritornera piu.

Listes de couverts à ne pas oublier (jamais).

 

 

J’avais un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

On mangeait autour de la grande table, aujourd’hui mienne, jadis celle du bistrot des grands-parents, toujours groupés du même côté. Les chaises, couleur acajou, étaient simples et solides.

Et j’avais un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

Du début de l’été jusqu’à la fin de l’automne, nous mangions les plats du jardin : les haricots cuits croquants avec une noisette de beurre qui n’avait pas fini de fondre, un gratin de courgettes sans sauce sans fromage, une moulinée de légumes que j’avalais à contrecœur parce que j’étais trop jeune pour savoir que c’était bon.

Et j’avais un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

Aux week-ends, sur la table se succédaient les repas festifs récurrents. La crème était brune que l’on servait sur les escalopes. La blanquette méritait son nom et fondait dans la bouche. C’était souvent du veau, je ne sais pas bien pourquoi.

Et j’avais un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

Et puis il y avait les rares jours où je m’improvisais chef de cuisine. Sans hésitation, je peux citer le menu : un lapin  à la moutarde et un marbré au chocolat. Je n’étais pas encore bon cuisinier.

Même avec un chat sur ma fourchette, un éléphant sur ma cuillère.

 

 

Aujourd’hui je mange encore les plats du jardin, sur la même table et du même côté, mon goût s’est affiné et on me dit que je prépare bien la cuisine. N’empêche. Les haricots ne sont jamais aussi croquants, et la crème n’est jamais aussi brune. Va savoir pourquoi.

Peut-être juste parce que je n’ai plus de chat sur ma fourchette, ou d’éléphant sur ma cuillère.